LE JOUR ET LA NUIT... (Ré)jouissances et résistances de Laurent Morancé... Carnets & Chroniques d'un auteur (presque) anonyme, esthète, épicurien et libertin, amoureux des arts et de la littérature, en guerre contre le Système...http://lejouretlanuit.zeblog.com/ |
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Laurent MorancéBlog créé le le 30/12/06 BlogCatégoriesDerniers commentairesDerniers billets![]()
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Les hommes préfèrent les fausses blondes...Par Laurent Morancé :: mercredi 28 février 2007 à 20:24 :: 16 - Fevrier 2007
Marilyn Monroe Michel Schneider dans son dernier roman, Marilyn dernières séances (Grasset, 2006) : - J'ai besoin d'une teinture, dit-elle. et je n'ai pas eu le temps de m'en occuper. Elle lui montre une trace sombre à la ligne de séparation de ses cheveux. - Pauvre innocent que je suis. Moi qui t'ai toujours crue une vraie blonde cent pour cent. - Je suis une vraie blonde. Mais personne ne l'est naturellement comme ça. Et d'ailleurs, je t'emmerde. "
* Laurent Morancé Absence d'heureux pères...Par Laurent Morancé :: lundi 26 février 2007 à 20:26 :: 16 - Fevrier 2007
Hermann et Julie Kafka, les parents de ce cher Franz...
Ciel gris et petite pluie triste toute la journée. Soudain, là, en fin d'après-midi, la magie d'un arc-en-ciel...
" Maman, il y a des milliers de chenilles dans la forêt, il y a des milliers de papillons dans le ciel, mais il n'y a qu'une seule maman dans mon coeur. Je t'aime et je te souhaite une bonne fête. Ton fils "
Petit truc en prose plié en quatre dans un coffret dérisoire et sphérique, une boîte à bijoux, originellement une boîte de camembert ; laquelle boîte recouverte de feutrine noire avec sur son couvercle la réduction argentée d'un rameau, de six feuilles alternes et d'une petite paire de fruits ronds. Le temps des cerises en aluminium... Un polycopié de la maîtresse d'école avait suffi à réquisitionner une vingtaine d'emballages cartonnés de même qu'à rameuter trois barboteuses, circulaire hebdomadaire intercalée dans le cahier du jour, calligaphie parfaite et règlementaire, calligraphie commune à tous les instits de France et de Navarre - assurément les seuls au monde à maîtriser la formation d'un k majuscule...
" C.E.2 Libellules Chers Parents, pour samedi, votre enfant est prié(e) de rapporter une boîte de camembert. De plus, je vous informe que la prochaine sortie piscine aura lieu jeudi matin en huit. Les mamans désireuses de se joindre à l'encadrement de la classe seront les bienvenues. Départ du car à 08 H 45 derrière le préau et retour au même endroit à 10 H 45. En vous remerciant, La Maîtresse. "
Dix jours durant, le petit garçon aura vainement tenté de raisonner la sentinelle parentale, persuadée que la boîte en question eût dû contenir son fromage. S'en suivirent des nuits très agitées, des réveils difficiles, de lours silences à la table familiale et, dans sa chambre close et sombre, quelques éruptions lacrymales... Samedi scolaire, juste avant le partage de midi, ciel ouvert et douceur printanière, scènes d'attente, simulacres d'attente, en vérité c'est Edward Hopper qu'on assassine... Seul moment de la semaine où, pour faire le trottoir, les présences paternelles rivalisaient en nombre avec les présences maternelles, discussions courtoises, divergences éteintes, dragues en diagonale... Le son et lumière battait son plein sous le soleil du joli mois de mai. La fin de l'éole pour tous dans quelques semaines, machine égalitaire qui ne tardera pas de s'engluer, de s'estomper, qui ne sera plus qu'ombre fuligineuse portée sur la rentrée démocratique de septembre... Auparavant les grandes vacances auront opéré leur traditionnel tri sélectif, bain de soleil sur balcon fleuri (ou non) en H.L.M. ou bain de mer en bikini à Bormes-les-Mimosas... Le petit garçon pas encore en vue - étrange loi, d'ailleurs, qui commande qu'à la sortie des classes son enfant figure souvent parmi les derniers à faire son apparition... Le voici, enfin, affublé d'un cartable gonflé à bloc... Il accourut vers son père aussitôt repéré mais s'abstint de se jeter dans ses bras, ce dernier en train de deviser avec une mère d'élève, toujours la même, dévoreuse de grillons et croqueuse de cigales (réputation), escarpins vernis et minijupe à franges (regards), trente-cinq ans, voix cassée par les Marlboro...
- Comme votre fils a grandi ! S'exclama-t-elle bien que le voyant tous les jours. - Alos mon chéri tu as bien tavaillé ? Lui dit-il bien que ne l'appelant jamais chéri. - Oui, et j'ai même fait un cadeau pour maman. - À propos comment va votre dame ? Vous ne manquerz pas de la saluer. - Je n'y manquerai pas. Chéri, tu n'dis pas au r'voir ? Excusez-le, il est si timide vous savez... Allez, bon week-end.
L'écolier et son père, main dans la main, gagnèrent la voiture.
- Papa ? - Oui ? - Pourquoi t'as dit à la dame que j'étais timide ? - [...]
GS ivoire, portières arrières en position sécurité enfant, vitres fermées, adieu petit vent tiède et pluie de pollen, purification générale, antihistaminique obligatoire...
Fête des Mères, donc. Fête des Mères et défaite des Pères. Les Trente Glorieuses révolues, quelques philosophes de comptoir, sociologues de pacotille et autres "experts" (!?) ne manqueront pas d'évoquer un fatal manque de repères... Sans vouloir être excessivement lacanien, d'heureux pères eût été plus judicieux... Et ce dimanche, toutes les mamans de la classe de ce cher et tendre fiston auront eu droit à leur boîte à bijoux, y-compris celles qui n'en portaient guère, celles qui possédaient un pouvoir d'achat inversement proportionnel à leur coût (sauf colifichets et autres babioles), celles à qui l'on n'en offrait qu'à Pâques ou à la Trinité, et celle, l'unique, prématurément rappelée à l'ordre par la Grande Faucheuse... Ecrin précieux remis solennellement entre la messe dominicale et le kir royal, comme l'atteste une photographie prise par monsieur avec un Polaroïd offert au dernier Noël, photographie insérée dans l'un des albums de famille, une photographie jaunie qui installe un petit automate au garde à vous remettant son présent à la reine-mère, celle-ci trônant au salon dans son voltaire d'acajou, jupe stricte et noire, chemisier lilial à manches longues, chignon impeccable, petite croix argentée... Au second plan, contre un mur saumon, un âtre en faux marbre dépourvu en permanence de flammes et de braises et, tout à fait sur sa droite, le balancier et le cadran d'une horloge jurassienne qui toutes les secondes distillaient un tic-tac monotone et qui toutes les heures déclenchaient un carillon à la Big Ben... Ecrin fragile qu'un jour on exhumerait d'un vieux carton poussiéreux, délogé d'un humide grenier, exhalaison de remugle, expertise douloureuse, perception du temps qui passe - celui-là même qui casse les enfances et qui efface les traces...
Votre serviteur, quelques trente ans plus tard, le regard égaré face à la vitrine de La Ruée vers l'Or, une bijouterie discount, où se réverbéraient les lumières de la ville, gouttelettes de pluie sur la vitrine et perles de larme dans ses yeux, curieuses réminiscences émergeant faiblement à la surface des temps modernes, téméraires étincelles rallumant péniblement les feux de la rampe, et bientôt clair-obscur muté en dictateur... Ainsi va la vie, chapelet de mises en boîte, ma boîte crânienne connectée à ma boîte à bijoux, boîte crânienne, boîte de conserve, boîte à lettres, boîte à musique, boîte de nuit(s), boîte noire, boîte à bijoux...
- Tu t'en serviras, hein maman ? Eussé-je demandé, subitement ponctuée par une virgule de clairvoyance. - Mais oui mon chéri, mais oui, ton cadeau me fait très plaisir tu sais...
" Les enfants deviennet inquiétants si on suppose qu'ils parlent et projettent en sachant ce que savent les adultes", écrivit dans les Années folles, autant dire aujourd'hui, un certain Kafka...
* Laurent Morancé Horrible quinquennat...Par Laurent Morancé :: jeudi 22 février 2007 à 22:00 :: 16 - Fevrier 2007
En passant par la Lorraine...Par Laurent Morancé :: mardi 20 février 2007 à 21:27 :: 16 - Fevrier 2007
La Place Stanislas (Nancy)
Quelques jours en Lorraine, sous le soleil, et puis retour en Rhône Alpes, hier...
Non pas qu'à l'instar d'un mauvais poète, en l'espèce Lamartine, je veuille commander au temps de suspendre son vol, mais quoi ça fait toujours du bien, n'est-ce pas, de retrouver le pays de son enfance, de rallier le jardin secret (et sacré) de ses jeunes années, les années d'innocence et d'insouciance, chasse aux papillons avec épuisette de fortune, parties de pétanque avec boules en plastique, cueillette des mirabelles avec échelle ancestrale et bancale, construction de la crèche de Noël avec papier roche et Sainte Famille en argile... Scènes éphémères et précaires comme enfermées dans des bulles savonneuses, des bulles translucides et parfaites, aux reflets arc-en-ciel, planant un court instant dans un ciel céruléen avant d'éclater en silence comme pour mieux se faire oublier, l'espace d'une seconde ou d'un siècle... Dès lors, que faire ? On n'aurait le choix qu'entre commémorer ou résister ? Qu'à cela ne tienne, on peut toujours fonctionner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, en somme presser la mort de passer son chemin, voire d'aller se faire foutre...
Comment ? Voici : premièrement, on capture en plein vol une caresse, un lieu, un moment, un objet, une parole, une pensée, un regard, un sourire, un visage ; deuxièmement, on dépose délicatement le joyau dans la paume de son histoire et de sa mémoire, tel un oisillon à l'aile voilée ou à la patte brisée ; troisièmement, on regarde avec les yeux parce que si l'on venait à toucher puis à briser l'on paierait comptant ; quatrièmement, on rend inexorablement un culte à la chose, à la relique, d'où chapelet d'affabulations et liturgie sans fond ; cinquièmement, on conscientise et on conceptualise que l'on n'est qu'un pauvre con...
Ce fut donc une Saint Valentin à la sauce nancéienne... Bonne fête à tous les amoureux, bien entendu, mais aussi, cela va sans dire, à tous les bijoutiers, les fleuristes, les parfumeurs, les patissiers, les restaurateurs, les voyagistes... Sur la vitrine du magasin C&A (centre commercial Saint Sébastien), cette inscription au pochoir coupante comme un diamant : À la Saint Valentin, faites l'amour pas les magasins.
La mort de Maurice Papon. Plutôt que de cracher sur sa tombe, je préfère m'incliner le plus respectueusement du monde sur ces millions de morts sans sépulture... Et pour cause...
Les Français en train de se bayrouïser, entend-on ici et là... Comme dirait un enfant, même pas caps...
* Laurent Morancé Escort girl...Par Laurent Morancé :: jeudi 08 février 2007 à 20:02 :: 16 - Fevrier 2007
Minerve Toile de Odile de Schwilgué
Ciel gris-blanc-bleu. Ni chaud ni froid.
Ce que j'aime le plus, dans la mythologie grecque, c'est que l'Amour est la troisième entité qui débarque, après l'Abîme et la Terre et avant les divinités...
Hier après-midi, déambulation dans les rues lyonnaises. Quelques heures durant, j'ai pris l'aspect d'un touriste repu se traînant dans un musée perdu, tendance Terroir-et-Traditions, feignant de tout voir, de tout lire, et ainsi de suite... J'eusse volontiers changé de trottoir, mais à quoi bon traverser ? D'ailleurs, dee l'autre côté, qu'espérer sinon la même plaisanterie, la plaisanterie maussade et médiocre de ces centaines d'anonymes qui vont et viennent jusqu'au repas du soir - quand il y en a un -, grande lessive vespérale, rite initiatique à l'envers, dernier portique avant les assauts de la nuit ? Eux, et leurs bonheurs précaires, leurs soucis domestiques, leurs déprimes urbaines, leurs horreurs économiques, leurs solitudes modernes, leurs relations commerciales, leurs corruptions biologiques... J'en suis et je n'en suis pas... Comme eux, j'espère...
Elle. Souvent je pense à elle. Je la connais depuis quelque dix ans. Nous nous croisons encore. Nous nous nous rencontrons parfois. Nous sommes devenus les-meilleurs-amis-du-monde, comme on dit quand on ne peut pas tout dire. Elle. Maîtrise parfaitement la langue de Goethe - sa langue natale -, celle de Molière et celle de Dante, possède une bibliothèque à me faire pâlir d'envie et à me rendre fou de jalousie, écrit divinement (je la soupçonne de vivre une plume à la main), habite une somptueuse villa en Forêt-Noire (juste ce qu'il faut de bon goût pour ne point sombrer dans le mauvais goût), vit un mariage heureux avec un type charmant qui travaille dans les télécommunications ou bien dans l'informatique, en tout cas un truc du genre, rencontre régulièrement ses enfants quand ils ne volent pas vers d'autres continents, pratique le tennis et la natation, mijote quelques plats avec audace dans une cuisine incroyable, vrai laboratoire aux épices du monde entier...
Elle fut enseignante avant de changer de cap et ainsi épouser un tout autre rythme de croisière... Elle exerce aujourd'hui la profession d'escort girl avec beaucoup d'élégance et de doigté (si j'ose dire)... Elle couche huit fois sur dix mais jamais elle n'oublie de dormir (pas folle la guêpe ; le sommeil, c'est ce qui nous assume de toutes parts)... Elle travaille surtout en Allemagne mais se fait rarement prier pour franchir les frontières et traverser les océans... De riches clients (en général), des spectacles en discothèque, des enterrements de vie de garçon, des foires, des congrès et des salons, des repas d'affaires, des sorties dentelle et soie, des sorties cuir aussi, des virées à l'opéra ou au théâtre, des cocktails et des vernissages... Elle aime l'argent, le plaisir, le sexe, le vin, le vent... Elle aime surtout sa liberté, et la liberté...
Je l'ai rencontrée à Baden-Baden, à l'occasion d'une soirée dont je tairai ici les secrets d'alcôve et les conciliabules de boudoir... Baden-Baden, station thermale où, en plus de l'eau, le fric coule à flot... Royaune de l'apparat et de l'apparence où il n'y a strictement rien à faire sauf à fréquenter les centres de cure, l'hippodrome, le casino, Cacharel, Cartier et Chanel (vive la France), les putes de luxe, les salons de thé, les palaces, les vieilles parfumées et bijoutées, les caniches blancs, et les bergers allemands...
La dernière fois que j'ai vu elle... C'était à Antibes... Un tendre baiser sur la terrasse blanche et brûlante pour lui dire à bientôt... Puis la Mercedes s'est éloignée... Sans doute un ultime regard en direction de la Grande Bleue... Sans doute, encore une fois, ses yeux se pénétrèrent de l'insignifiance des choses...
* Laurent Morancé |
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