LE JOUR ET LA NUIT... (Ré)jouissances et résistances de Laurent Morancé... Carnets & Chroniques d'un auteur (presque) anonyme, esthète, épicurien et libertin, amoureux des arts et de la littérature, en guerre contre le Système...

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Laurent Morancé

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Par Laurent Morancé :: lundi 28 mai 2007 à 21:20 :: 13 - Mai 2007


Philippe Sollers
photographie de
Tina Mérandon


Grosses averses aux allures de giboulée.

Quatre jours de retrait(e) qui auront été salutaires à bien des égards, ou comment se mettre d'accord avec ses arrière- pensées...

Voici : la célébration touchait à son terme. Un prêtre octogénaire, fessu et ventru, le nez rouge, les yeux globuleux, gorgé de mauvais vin, à bout de souffle, à l'évidence en train de perdre son latin dans un microphone capricieux - curieux phénomène, tout de même, qui veuille que dans les églises le système électrique d'amplification et de répercussion de la parole défaille régulièrement ; à croire que la Bonne Nouvelle soit intansmissible puisqu'elle ne cesse d'être transmise -,  avait été dépêché sur les lieux...
Plus tard, au cimetière. Le clerc était toujours là, véritable survivant en somme, encarapaçonné dans son aube blanc cassé, crasseuse sur les franges, flanqué d'un enfant de choeur, l'unique de la paroisse, droit dans ses bottes, bout du nez brillant, pommettes saillantes, coiffure très sage à la " petits Chanteurs de Vienne ", tenant à bout de bras un épais missel, évidemment ouvert à la bonne page...
Après l'absoute, ultimes paroles inutiles prononcées d'une voix saccadée, les fossoyeurs entrèrent en scène. D'un terrible et savant jeu de cordes, ils déposèrent ma bière en bois de chêne dans un trou creusé à cet effet le matin même... Puis les premières pelletées de terre...
Soudain, au débotté, ma chère amie A. s'extirpa de l'assemblée nombreuse et silencieuse, murmura quelques mots à l'oreille encombrée du célébrant, sortit un papier de sa poche et ouvrit la bouche - la belle A., traits tirés, joues mouillées, regard habité, maquillage léger, posture hiératique et voix cristalline, prêtresse, prophétesse et reine par destination...
Allez ! En avant la musique ! Et au diable les fausses notes ! de toutes façons, dans les églises et dans les cimetières, ça chante faux sur tous les bancs et dans dous les rangs...

" Lecture d'un texte de Philippe Sollers, extrait de son roman Studio :

En réalité, mettez-vous bien ça dans la tête, il n'y a que des problèmes physiques. Voilà, ils salivent, ils y viennent, éducateurs, professeurs, docteurs, prêtres, pasteurs, rabbins, poètes, artistes, journalistes, policiers, philosophes, mères de famille, pères frustrés, amateurs d'adoption, réformateurs, , terroristes, animateurs de parti, de secte, de club. Moins vous êtes demandeur, plus ils le sont. C'est vous, finalement, qu'il faut convaincre, c'est votre adhésion qui est recherchée. Soyez bonne pâte, embarquez-vous, bavardez, buvez, baisez, improvisez, glissez, dégagez. Ne prévenez personne quand vous décidez de filer. Cela vous vaudra bien des reproches et des haines, mais quoi, tout s'efface.

Il y a une vieille expression française, " faire un trou à la nuit ", qui signifie  " partir d'un lieu à la dérobée, sans que personne s'en doute ". L'image fait allusion aux fortifications entourant les villes d'autrefois, dont les portes étaient verrouillées le soir. Il y a aussi " faire un trou à la lune ", qui veut dire " se tirer en douce, plier bagage sans payer ses dettes, faire faux bond, manquer ".
Apprenez à manquer.

Vous les jouez donc les uns contre les autres. Personne n'est content mais personne n'est vraiment mécontent non plus. le point capital est qu'ils ne puissent pas s'unir contre vous. Faites-vous admirer, faites-vous mépriser. Passez pour subtil, passez pour niais. Vous êtes dupe, ahuri, imbécile ; ou bien calculateur, sinueux, damné. [...] Si on vous vante, vous vous abaissez ; si on vous abaisse, vous vous élevez. Vous êtes une bête, un ange, un jonc, un vermisseau, un roseau, mais aussi un chêne, un roc, un événement incompréhensible. Tantôt le silence des espaces infinis vous effraie, tantôt il vous plonge dans des abîmes de sérénité. Les jugements à votre sujet finissent par se contredire à chaque instant et s'annulent : vous êtes sauvés.
"


* Laurent Morancé

1920 JOUR SANS ELLE...



Appel au peuple...

Par Laurent Morancé :: mercredi 23 mai 2007 à 21:39 :: 13 - Mai 2007

 

 

Isidore Ducasse (1846-1870)

 

 

Blue hot.

Le ciel éblouissant, dans tous les sens du terme.

 

Un ami me fait remarquer que les différents présentateurs du journal télévisé de 20 heures ressemblent à s'y méprendre à des hommes-troncs...

 

Je vais m'éloigner de la blogosphère et d'un tas d'autres machins durant quelques jours. Retour dimanche soir.

Au programme : écrire, lire et marcher, dans le silence et dans la solitude.

Objectif : me rejoindre, c'est-à-dire m'avouer ce que je sais déjà, assurément l'une des choses les plus difficiles qui soient...

 

En attendant, et pour l'éternité, puissions-nous graver en lettrines onciales et dorées ces traits de feu du poète, oui, puissions-nous les graver jusque dans nos cervelles atrophiées, nos coeurs encombrés et nos culs (pré)occupés :

 

" Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil, l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades agressives, la démence, le splëen, les épouvantements raisonnés, les inquiétudes étranges, que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements, les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque, anémique, borgne, [...] les perspectives vagues qui nous broient dans leurs engrenages imperceptibles, [...]les asphyxies, les étouffements, les rages, - devant ses charniers immondes, que je rougis de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et nous courbe si souverainement. "

 

Lautréamont in Poésies 1  (1870)

 

 

* Laurent Morancé

 

1915 JOURS SANS ELLE...




Black is pink...

Par Laurent Morancé :: mardi 22 mai 2007 à 22:25 :: 13 - Mai 2007









Alors ?


* Laurent Morancé

1914 JOURS SANS ELLE...



L'ouvrir...

Par Laurent Morancé :: lundi 21 mai 2007 à 22:31 :: 13 - Mai 2007

 




Un lundi au soleil.

Puis couvert en fin de journée avec pluie fine et légère, genre brumisateur.

 

Le contraire de trou noir ? Troublant.

 

Le Spectacle démasqué : caméra (à l'envers) = rats camés.

Exemple : le footing du président de la République en lieu et place du Darfour, de la Palestine, de la Tchétchénie...

 

Grotesque : " Pour vivre heureux vivons cachés. "

 

ONUesque : " Le monde appartient à ceux qui ont le veto. "

 

Ubuesque : " Il y a du Kennedy chez Sarkozy. "

 

Cette interrogation : pourquoi dit-on toujours quartier défavorisé et jamais quartier défavorable ?

 

Injustice : un homme à femmes, c'est un Casanova, un Don Juan ; une femme à hommes, c'est une salope.

 

Cette dame, l'autre jour, dans le métro, s'adressant au type assis à côté d'elle et en face de moi : " Qu'est-ce qu'il peut y avoir comme femmes voilées ! C'est incroyable ! À se demander si on est encore chez nous. "

J'interviens : " Mais chère Madame, nous sommes tous voilés ; il n'est qu'à nous regarder."

Elle reprend, surprise : " Comment ça ? "

Je lui réponds, tranquille : " Que je sache, nous naissons tous  nus, oui ou non ? "

[...]

 

Elle, entre les lignes : " C'est quand qu'on va où ? "

Moi : " Attends un peu mon Amour, je suis en train de me programmer ".

L'écran à cran...

 

Envie (et besoin) de manger à même le sol, avec mes doigts, puis de boire un thé à la menthe en face de ses jambes découvertes et brunes, de ses jambes offertes...

Marre des tables et des nappes, des couteaux et des fourchettes, des cafés amers et des blanches cadenassées ; " l'art de vivre " à la française dans ce qu'il a de plus (dé)réglé...

 

Et pour finir (et sans cesse (re)commencer), ce mot du grand Louis Calaferte puisé dans Droit de Cité (Manya, 1992) :

 

" Tendre à la plus exaspérante liberté. "

 

 

* Laurent Morancé


1913 JOURS SANS ELLE...




 

Plein le dos ?

Par Laurent Morancé :: samedi 19 mai 2007 à 19:02 :: 13 - Mai 2007

Photographie de Saelon Renkes (1996)



Beau et chaud. Ciel céruléen.

 

Cette après-midi, ballade en forêt.

Quelques cerises cueillies dans les jardins alentour, assurément les meilleures (résurrection du temps des cerises)...

 

Aujourd'hui, troisième édition de la Nuit des musées ; excellente occasion pour ne pas s'y rendre...

 

Vous, chère amie, qui êtes fatiguée, fourbue, foutue, vous à qui les cervicales, dorsales et lombaires, les sacrées et les coccygiennes jouent de vilains tours, vous qui êtes lasse de vous baisser tout le temps pour ramasser leurs conneries et leurs saloperies à la petite cuillère, pour éponger leurs larmes de crocodile et leurs postillons orduriers, vous à qui l’arthrose et les rhumatismes liés à l’usure des jours et des nuits vous prodiguent des infiltrations de compote et de purée, vous qui ployez sous le fardeau de l'existence, ladite existence en train de se liquéfier sous vos yeux interdits avant d'être définitivement liquidée, vous qui, en définitive, en avez plein le dos, prenez votre mal en patience et apprenez que les faux mouvements  existent bel et bien...


Fermez les yeux (et les volets), tirez les rideaux, envolez-vous, planez s’il le faut...

J’ai regardé par la fenêtre. Au dehors rien à dire et rien à faire (pour le moment)...

Ils marchent d'un pas sûr mais ils se marchent sur les pieds ; ça se donne une contenance mais ça n'a pas de contenu, ça s'anime et ça s'agite, ça chante et ça déchante, ça se regroupe et ça se disloque, ça croit que mais ça ne croit rien, ça défile et ça se défile... L’unité dans la nullité...

Oui, fermez les yeux... Imaginez mes mains... Sentez mes mains... Elles vont et elles viennent... Elles vous révèlent et elles vous relèvent... Elles caressent vos émotions... Elles sculptent vos phantasmes... Elles vous massent dans le bon sens, c’est-à-dire dans le sens de l’histoire... Elles vous transportent de l’autre côté... Elles montent lentement le long de vos fesses, de votre dos... Puis elles entreprennent l'origine du monde ainsi que vos deux monts pommeux... De vos cratères et de vos crêtes, de vos collines et de vos creux, elles n'ignorent plus rien...Elles finissent par vous (dé)montrer les bienfaits de la douceur et de la volupté... Elles vous déballent le mépris des censures et des contingences... Elles vous offrent le plus précieux de tous les trésors du monde, celui de la liberté reconquise, du plaisir retrouvé, du bonheur quoi - le bonheur, tellement plus noble et tellement moins vulgaire que la vérité...

 

Vous savez, ma médecine n’a rien de traditionnelle ni de parallèle... Elle est aimable, aimante, amoureuse... Elle se jette à l’eau aussi... Elle se mouille pour que vous mouilliez...  

 

Bon, j’ai quand même rouvert les fenêtres. Au dehors, plein de choses incompréhensibles et de trucs inaudibles et illisibles, de trucs inutiles... Les pauvres...

Absence totale de caresses.

Sauf dans le sens du poil.

 

 

* Laurent Morancé 


1911 JOURS SANS ELLE...

La chute des classes...

Par Laurent Morancé :: vendredi 18 mai 2007 à 22:36 :: 13 - Mai 2007

Le gouvernement sortant

Jacques Chirac : proviseur - Dominique de Villepin : professeur principal

Redoublants

Alliot-Marie, Bertrand, Borloo, Hortefeux, Lagarde

Passage direct dans la classe supérieure

Sarkozy (le malin ! Il avait déjà un dossier dans les mains, sans doute avec rien à l'intérieur)

 

 

Ciel gris puis gris-blanc puis bleu.

 

 

La France s'est donc dotée d'un nouveau gouvernement.

Bernard Kouchner et Martin Hirsch, l'ex-président d'Emmaüs France, parmi les premiers de la classe.

D'ici à ce que l'on rappelle Gandhi et Jésus...

Dieu merci (si j'ose dire), l'amateur d'art que je suis s'avère résolument allergique aux illusions d'optique et aux trompe l'oeil.

 

Remarques :

- dès sa nomination au Quai d'Orsay, François Hollande a prononcé l'exclusion du co-fondateur de Médecins sans Frontières et Médecins du Monde en même temps que de l'inlassable avocat du droit d'ingérence des rangs du Parti Socialiste ; comme quoi, l'erreur est humaine.

- les concepts d'identité nationale et d'immigration relèvent d'un seul et même ministère (intitulé et attributions).

Comme quoi, l'horreur est humaine.

 

Rideau.

 

N'empêche.

La photo ci-dessus me replonge irrésistiblement dans mes années collège et lycée, années durant lesquelles, à force d'exercices à répétition, j'étais devenu un véritable champion des jeux de rue ; par exemple, j'aimais me livrer à la funambulerie sur de rabotteuses bordures de trottoir avec, de manière immanente, la convocation d'un cérémonial immuable quant à la règle du jeu :

d'abord le défi " Si j'trébuch' pas, alors je sortirai avec Laurence avant Noël et j'aurai la moyenne en maths ", ensuite la réussite, auquel cas confiance absolue en ma bonne étoile, ou bien l'échec, auquel cas octroi automatique d'une seconde chance, d'un sursis...

Règle du jeu qu'en cas d'urgence j'abandonnais illico presto pour rallier ce genre de supplique jaculatoire : " Seigneur, fais que Papi ne meure pas ! " ; hélas ! mon aïeul devait raccrocher prématurément suite à une chute sévère alors qu'il était juché sur une échelle ancestrale et bancale pour cueillir des cerises pas encore mures (le temps des cerises déjà en crise)...

 

Le C.E.S. où j'avais rencontré Laurence s'appelait Les Chrysalides, nouvelle dénomination due à un changement de majorité municipale qui, forte d'une pétition signée par des dizaines de parents d'élève et relayée par plusieurs habitants de la commune, eût tôt fait d'envoyer au bagne la dédicace Louise Michel (radiation d'office de la proposition Jean-Baptiste Clément au motif suivant : inconnu au bataillon - dixit le premier adjoint), et ce, après avoir amèrement renoncé à ces gros lards de Maurice Barrès et Jean Giraudoux. Du coup, on adopta une appellation molle et neutre, une appellation de velours, " sociale-démocrate " écrirait un auteur en vogue, et, comme souvent en de pareilles circonstances, à la faveur d'un appel d'offres joué d'avance, on ravala les façades, on restaura le préau et on repeignit les salles...

Au jour de l'inauguration, tout rentra dans l'ordre, comme toujours ; voile tricolore, discours oiseux, dévoilement de la plaque, majorettes de fortune, fanfare à canards, champagne et petits fours, gratin local, réconciliation droite-gauche...

Et puis cette rumeur qui quelque temps s'accrédita dans les dîners en ville selon laquelle Monsieur le Premier édile, après ce fameux conseil municipal, se fût empressé de rejoindre son domicile pour se plonger en apnée dans son dictionnaire, à la lettre c bien sûr...

 

Les photos de classe, quand j'y pense... Quels tableaux !

Elles se faisaient toutes belles, on se faisait tous beaux, on était tous souriants, on était tous alignés, liberté, égalité, fraternité...

Photos que j'ai revues récemment à l'occasion d'une opération " tri sélectif des déchets ", une séance qui, du reste, fut aussi douloureuse que salutaire...

Quand cette salve de visages du passé, de visages dépassés, est revenue à la charge, tel un boomerang en feu, quel choc ce fut !

Je me suis alors demandé : que sommes-nous devenus ? Qu'avons-nous fait de nos quinze ans, de nos dix doigts et de nos trente-deux dents ? Qui avons-nous aimé ? Pour qui (et pour quoi) avons-nous pleuré ? Avons-nous seulement changé le monde, ne serait-ce que le temps d'un éclair foudroyant ?

 

Allez, rideau.

De fumée.

 

 

* Laurent Morancé

 

1910 JOURS SANS ELLE...




Dis, quand reviendras-tu ?

Par Laurent Morancé :: jeudi 17 mai 2007 à 22:08 :: 13 - Mai 2007