LE JOUR ET LA NUIT... (Ré)jouissances et résistances de Laurent Morancé... Carnets & Chroniques d'un auteur (presque) anonyme, esthète, épicurien et libertin, amoureux des arts et de la littérature, en guerre contre le Système...

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Laurent Morancé

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Saint Sein...

Par Laurent Morancé :: vendredi 27 juillet 2007 à 23:44 :: 11 - Juillet 2007

 



Désir

Photographie de Jacques Leinne



" Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer ", ou encore : " Le soleil a rendez-vous avec la lune "...

C'est l'été bardé de certitudes, les verts explosent, les fleurs dansent, les oiseaux chantent, les papillons volent, l'insouciance fait tourner les têtes...

Les chevauchées du jour et de la nuit font chavirer les attelages sur les champs de course à la piste cendrée...

À l'horizon point d'automne, c'est-à-dire aucun obstacle, tout juste une vaporeuse haie de dentelle et de soie dans la rosée de l'aube retrouvée...

 

J'ai laissé mes livres de côté, mon carnet rouge et mon stylo, toutes mes armures et tous mes masques, la comédie généralisée et le spectacle intégré, tous les trafics et tout les trucages du grand truc dictatorial et tutélaire, je me suis allongé nu dans l'herbe fraîche et mouillée, je me suis séché à l'air du crime (Rimbaud), ma queue toute raide entre ses seins, fermeté des sphères, têtons dressés vers la région des espaces infinis, un goût d'enfance mêlé à un goût d'interdit, en un mot comme en mille un goût de paradis...

 

Tout à l'heure, ou dans trois siècles, mon foutre chaud dans son sillon soyeux, tel une rivière insolente allant tout droit au fleuve souterrain des origines...

J'ai léché les filets blancs puis les ai délicatement déposés dans sa bouche accueillante...

Nous buvions du petit lait...

 

Auparavant, ses deux mains baguées et ses ongles carminés se sont agrippés à mon goupillon de chair et de sang, à mon triomphal et, dans un aphrodisiaque offertoire, ont transformé le mouvement en une messe de couronnement propre à renouveler toutes les promesses de baptême...

Mes couilles malaxées comme une pâte à parfaire, et bientôt à lever, pour un nouvelle galette eucharistique, incarnation, passion et résurrection...

 

Puis ma langue s'est engouffrée dans sa chatte en fusion, évidence volcanique, cratère en feu, coulée de lave...

Nos jambes, telles des échelles sismographiques, tentaient de mesurer les effets en des convulsions magiques...

Sera convulsive ou ne sera pas, écrivait Breton de la Beauté...

 

Mon sexe dans son sexe, nos souffles sonores déchirant les silences approximatifs de la nature voyeuse, de la nature en éveil, puis un psaume de répit pour rendre grâce à l'Eternel de s'être enfin révélé...

N'a-t-on jamais caressé l'ambition de graver à la plume d'or dans le Livre de la Sagesse, de la Science et du Sexe, ce que d'aucuns, au nom de leurs idées sans idéal, de leurs mollesses natales (Flaubert), ont tenté de calfeutrer dans leurs caves et leurs greniers totalitaires aux exhalaisons de moisissure et de pourriture (haine de la lumière), à savoir ceci : Dieu est une femme ?

 

Alors, dans le trou du cul de Dieu, j'ai enfourné le commencement et la continuité du monde aussi patiemment et profondément qu'un ouvrier du bâtiment le ferait d'un marteau piqueur dans une nappe de béton blindée, bouclée, fermée sur elle-même, abaisable et abiotique, pure (comme ils disent)...

Et là, ce furent un feu surprenant, un buisson ardent, un commandement nouveau pour un décalogue à réviser de fond en comble (retour du grenier)...

Mais quoi, là où il y a de la merde il y a de l'humain (Artaud)...

 

Ces doux seins pommeux, donc, à l'instar de deux dômes chryséléphantins érigés à la gloire éternelle de la Mère nourricière, de l'Amante religieuse, de la Putain du Diable, d'Eve d'avant le fruit défendu, de Dieu lui-même (quel malin ce Dieu, autant de noms que d'histoires)...


Nous buvions du lait précieux...

 

Culte des seins, de ses seins, dans les siècles des siècles...

 

 

* Laurent Morancé

1981 JOURS SANS ELLE...


Le jaune et le noir...

Par Laurent Morancé :: jeudi 26 juillet 2007 à 18:35 :: 11 - Juillet 2007

 

 



Le soleil, enfin. Franc, généreux, massif. Aussi évident que lui-même.

 

Un petit rosé de Provence glacé qui sort juste du réfrigérateur... Première gorgée...

Quand un truc dégueulasse devient délicieux...

 

Les infirmières bulgares enfin de retour à Sofia. Réjouissons-nous.

Dans le quotidien lyonnais Le Progrès daté de ce jour, Michel Rivet-Paturel sort ses griffes, en somme même plus besoin d'aiguiser sa propre plume si l'on se contente évidemment d'une seule lecture en surface... Voici :

 

" Est-ce la dure condition des traîtres à leur camp ?

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères dit d'ouverture, est-il condamné à ne jouir que des prébendes qu'offrent les allées du pouvoir - comme promouuvoir dans l'ordre de la légion d'honneur sa compagne - sans exercer jamais celui-ci ? L'ancien " french doctor " a brillé par son absence durant ces deux dernières semaines où s'est dénouée - grâce à la nouvelle Marianne de la france sarkozienne, Cécilia - la sinistre comédie des infirmières bulgares retenues en Libye.  Tout le monde avait saisi depuis deux mois que François Fillon n'avait de Premier ministre que le titre et que toute la politique française et d'une façon plus générale tout ce qui se passe en France ne relevait que d'une seule personne : le chef de l'Etat.

On vient de comprendre que la politique étrangère est plus que jamais le domaine réservé du président de la République. Ce dernier ne prend même plus la peine de demander à son ministre, sensé gérer ce portefeuille, de faire ne serait-ce qu'une figuration intelligente.

Désormais, le ministre, tout comme la secrétaire d'Etat chargée des Droits de l'homme, sont hors cadre : c'est Madame l'épouse du président qui se réserve les négociations internationales.

Mais si ça avait mal tourné pour les infirmières, que ce serait-il passé ?

Un président peut toujours démissionner un ministre qui a échoué mais Nicolas aurait-il pu répudier Cécile ? "

 

Rivet-Paturel sarkoziste ? À lire entre les lignes, cela va sans dire...

En tout cas, coup double pour le président : d'une part, ces chères infirmières retrouvent enfin le goût de la liberté ; d'autre part, on parle beaucoup plus du couple élyséen, de sa manière d'être et de gérer, que de l'événement proprement dit...

Digérons, digérons...

 

Déroulé comique et tragique en cinémascope et en technicolor, morceau de choix, monceau de mensonges, gros plans, travellings avants, zooms arrières, scénario bétonné, trucages invisibles, cascades millimétrées, poses convenues, bande-son parfaite, doublage impeccable, bobines captatrices (et captieuses), copies colorisées...

Ou comment évoquer en quelques mots ma vision de la Grande Boucle...


Rasmussen exit ?

Qu'importe, appelez Sarkozy... Le maillot jaune et le costume noir lui vont si bien...

 

 

* Laurent Morancé


1979 JOURS SANS ELLE...

 


In aqua veritas...

Par Laurent Morancé :: vendredi 20 juillet 2007 à 23:37 :: 11 - Juillet 2007

 





Retour d'un séjour prolongé à Bordeaux... Vous commenciez à me manquer...


Raconter l'inexprimable, relater l'ineffable, fixer des vertiges (Rimbaud)... Comment ? Et surtout à quoi bon ?

Dieu merci, le poète est là qui me (nous) tend la main...

L'éternel et borderline Hölderlin écrit ceci dans son son monumental Hypérion :


Que sont toutes les actions et les pensées des hommes durant des siècles contre un seul instant de l’amour ?


Effectivement, les poètes seuls fondent ce qui demeure...


Sur les deux rives du fleuve, nous avons percé les mystères les plus antiques c'est-à-dire les plus actuels, nous avons mis à jour les nuits les plus fertiles, nous avons écrit la première page d'un livre à jamais ouvert au large de laquelle son recto et son verso ne se fondent plus qu'en une seule plage de lumière et de liberté...


Nous avons trouvé...





Bettina et Patrick (série C'est la vie)

Photographie de Gregor Podgorski



Sans dessus dessous ce fut...
Retournés nous fûmes, dans tous les sens et sans arrêt... Là-bas, j'ai bu son eau divine... C'était du miel... !


* Laurent Morancé

1973 JOURS SANS ELLE...


Se soulèvent sous le vent...

Par Laurent Morancé :: jeudi 05 juillet 2007 à 22:06 :: 11 - Juillet 2007


 


Photo volée...



Bleu-blanc-gris-pluie. Le mois de mars en juillet. Vous voulez un peu plus de soleil ? Mais il ne tient qu'à vous... Quoi ? On vous l'avait caché ?

 

L'autre soir, avant de m'endormir, les voix envoûtantes de Diana Krall et Madeleine Peyroux...

Je les aime bien mes chanteuses, je les aime toutes pourvu qu'elles ne me fassent pas déchanter, c'est-à-dire pourvu qu'elles soient vraies, comprendre inimitables, infalsifiables...

 

Qu'est-ce qu'un artiste vrai ? Un infalsifiable...

C'est beaucoup demander, et c'est assez...

 

Votre serviteur, quand il est sous l'emprise d'atmosphères insouciantes et légères, de sa cabane salutaire et solitaire, apprécie aussi de s'imprégner des ondes et d'écouter les odes de ce copain-coquin d'Alain Souchon (sage conseil du camarade Brassens, eh oui)...

Extrait :

 

" Elles, très fières,
Sur leurs escabeaux en l'air,
Regard méprisant et laissant le vent tout faire,
Elles, dans l'suave,
La faiblesse des hommes, elles savent
Que la seule chose qui tourne sur terre,
C'est leurs robes légères.
"

 

Sous les jupes des filles (BMG Music, 1993)

La une involontairement comique du quotidien régional Le Progrès, lundi dernier :

" Procréations assistées : Lyon en pointe ".

 

Un type, l'autre jour, dans le bus :

" Au moins, avec Sarkozy, on bouge, la monde tourne. "

Allez pépère, dépossède-toi de tes oeillères et achète-toi des lunettes...

 

Un collègue de travail :

" Dans quelques années tout sera carré. "

 

La pétulante et provoquante B., avant-hier soir, au restaurant, avisant sa pizza aux fruits de mer, sérieuse et songeuse :

" J'aime bien les beaux ronds. "

Et moi donc...

 

Le joli mot du francophile Theodore Zeldin dans son De la conversation (Fayard, 1998) :

" Pourquoi le coup de foudre serait-il l'effet de la première vision d'un être plutôt que de ses premiers mots ? "... 

Je soussigné, certifie, atteste sur l'honneur la pertinence de ce propos...

 

Riccione (Italie) : une plage interdite aux hommes (source : EuroNews) :

les hommes n'en sont pas vraiment bannis mais bon, on s'arrange pour leur faire comprendre d'aller voir ailleurs si le sable est aussi fin et l'eau accueillante...

" Pour beaucoup de femmes qui veulent prendre le soleil topless, par exemple, c'est un gros avantage de ne pas avoir d'hommes à côté, parce que souvent, ils ne vous lâchent pas et vous regardent avec insistance, " résume une femme fan... Fanée ?
Certains hommes, pourtant, prennent la tangente, ainsi d'un prénommé Franco : " Je trouve ça vraiment stupide. Les hommes et les femmes devraient toujours être ensemble. Sinon, pourquoi sommes-nous sur la même planète ? "
D'après le patron du complexe touristique (" complexe touristique ", on ne saurait mieux dire) propriétaire et gestionnaire de cette plage déconseillée aux vilains petits canards, l'initiative remporte un franc succés...
Tu parles d'un scoop...
 
Toujours redoubler d'attention et de vigilance quant aux événements transalpins puisque, bien souvent, ils finissent par  contaminer la France, et, par extension, le vieux continent...
Jugez plutôt : les philosophes grecs (beaucoup on fait le voyage en Italie comme au dixneuvième siècle on faisait le voyage en Orient), l'Empire romain, sa chute, le ghetto (sombre invention de La Sérénissime), la Divine Comédie (au fond l'Italie en tant que berceau véritable de la Bible), le Vatican (qui en possède les clefs...), le libertinage (sursaut lumineux sur la lagune), Arlequin et Pinocchio (les négatifs du masque et du mensonge), la Mafia, le fascisme, Berlusconi...
C'est dire si l'Italie nous a toujours tenus sous sa botte...

L'origine du monde, oui, parfaitement, telle une passerelle entre deux rives, une pierre philosophale, une planète d'or, un point d'ancrage, un port d'attache, une présence réelle, un puits d'appel...

Comme vous, je sors de là...

Comme vous (enfin pas tous... et pas toutes), j'aime y séjourner...

Comme beaucoup d'entre vous, j'y retournerai... Ne dit-on pas la terre nourrissière, la terre mère ?

 

Dessous, donc, la cause, l'explication, le miracle, le mystère, le bouton d'or, la fleur ouverte, la pensée sauvage, la rose rouge, l'émettrice, la matrice, le moteur, le triangle des Bermudes, la valve alpha, la vulve omega...


Ô Toi, quand nous monterons les escaliers qui mènent là où tu sais, permettras-tu seulement que je te suive pour débusquer l'intime secret, le code nucléaire, mon Saint Sacrement à moi ?

 

Ma chatte pour un Toi brûlant...


Viens maculer de ta mouillure chrismale les lèvres ouvertes de ton incendiaire célébrant...


Que tes antiennes et tes offertoires mémorisent à jamais tes coulées de miel jaillissant de ton coffret de vie...


Que tes eucharisties jubilatoires éternisent nos cérémonies éphémères et sacrificielles...

 

Vive le vent, mon Amour, vive la marée montante...

Contre vents et marées...



* Laurent Morancé

 

1958 JOURS SANS ELLE...

 


Chaînes...

Par Laurent Morancé :: dimanche 01 juillet 2007 à 18:47 :: 11 - Juillet 2007



Anne-Marie Comparini et un fantasmeur casqué,

naguère ministre délégué à l'industrie...

 

 

Hier, chaleur estivale (nu au bord du lac). Aujourd'hui, soleil bleu-blanc, ciel marbré, soirée mouillée.

 

Les mains de T., 95 ans, la tête bien vissée sur les épaules, hier après-midi, découpant et me servant une part de tarte à la rhubarbe meringuée (!), un régal...

J'ai longuement ses mains, des crevasses et des rides telles des cratères et des frontières de toute une histoire, de toute son histoire, lignes de front et lignes de fuite...


La peau ne ment jamais.

 

Sa douce main, là, sur ma nuque...

L'amour ? Peau contre peau, et jeux de mains...

 

Moi aussi je hais les dimanches, mais pas celui-ci...

 

L'inénarrable Patrick Devedjian, après avoir traité l'ex-présidente du Conseil régional de Rhône Alpes, Madame Anne-Marie Comparini, de " salope ", a tenté de sauver la mise en présentant publiquement ses excuses, déplorant, " des images volées lors d'une conversation privée " (voir le site Dailymotion).

Une manière comme une autre d'enfoncer le clou.

Même le président de la République, qui, il y a peu, n'en pensait pas moins à propos du brillant et naïf Azouz Begag, cet autre MoDem local, y est allé de sa réprimande à pas de velours : " Ce n'est pas une façon de parler aux femmes, ni à qui que ce soit d'autre".

Je vous le demande, hein, où va se nicher l'élégance sinon dans les chiottes de la suffisance ?

Du coup, il n'en fallait pas plus pour que l'attentive et humaine (et stratège) Ségolène Royal décroche son téléphone afin de témoigner à la lyonnaise insultée tout son soutien " en tant que femme "...

Ce qui revient à signifier que les femmes, du fond de leur sacristie secrète, s'organisent et fonctionnent à l'instar des prêtres, elles se détestent cordialement, tout le monde le sait, mais, dès qu'il y a le feu dans la chapelle commune, ça ne loupe jamais, chapelets de solidarités naturelles et de compassions rentrées...

Question en sous-main, donc : comment va réagir Madame Devedjian ?

À moins, bien sûr, que chaque samedi soir sur la terre, dans un club feutré ou bien dans un loft luxueux, peut-être dans une usine désaffectée ou dans un parking souterrain, allez savoir, évidemment à l'abri des caméras indiscrètes, l'antipathique de service aime à traiter son épouse (ou sa belle de nuit) de salope - affaire de circonstances et de contingences, ce substantif ne résonne pas toujours comme une insulte, contrairement à salaud (le fantasmeur casqué)...

 

Passons...

 

Dans la grande encyclopédie interactive de la vaste Toile, Wikipedia (il faudra bien, un jour ou l'autre, que j'en sache un peu plus quant à la nature et à l'ossature de cette entreprise : qui fait ça ? Au nom de quoi ? Dans quel dessein (inavoué) ?), l'internaute qui se renseigne sur le mot libertin est renvoyé à la définition suivante :

" Il existe deux acceptions au mot libertin (du latin libertinus, esclave qui vient d'être libéré. libertinus signifie affranchi):

  • dans sa version d'origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c'est un libre penseur dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l'éthique religieuses ;
  • le sens qui prévaut de nos jours se réfère au libertin de mœurs, c'est-à-dire celui qui s'adonne aux plaisirs charnels avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle et de la sensualité bourgeoise normale, mais aussi, avec un certain raffinement cultivé.

(Il serait souhaitable de ne pas confondre le « libertinisme », en tant que courant philosophique et littéraire, avec le « libertinage », qui désignerait plutôt un style de comportement relevant du sens #2 du terme « libertin ».) "

Sous l'Empire romain, le terme libertin concernait les seuls esclaves ayant réussi à briser les chaînes de leur abrutissement, de leur asservissement, à s'affranchir des odieuses tutelles occasions de déchéance, de souffrance, pour tenter de voler de leurs propres ailes et ainsi gravir un à un les barreaux de l'échelle (culturelle, économique, sociale) - il s'agissait donc d'une marque déposée d'ordre juridique, d'une labellisation droit commun, ni plus ni moins...
Plus tard, en pleine immersion dans la langue française, l'étrange et tordu Jean Calvin érigera la figure du libertin en dissident, au sens religieux du terme, en enragé (sic), diatribe sèche et violente, on le voit, contre celles et ceux qui prenaient trop de distance, de recul, de liberté, avec les choses sacrées comme, par exemple, la parole biblique ou la notion de péché...

Des bûchers d'antan aux boucheries contemporaines, la boutique est bien gardée, ils surveillent les réseaux et tiennent le rythme...

Plus tard, les éclairants dix-septième et dix-huitième siècles engageront l'affranchi dissident dans l'armée des ombres licencieuses et sensuelles, éprises de gratuité et de liberté (ici, convoquons pêle mêle Beaumarchais, Boyer d'Argens, Casanova, Crébillon fils, Cyrano de Bergerac, Laclos, Vivant Denon...), mais toujours avec cette idée (et cet idéal) de combattre les pesanteurs et les puissances politiques et religieuses en place, un art et une raison de vivre chevillés au corps et au cul - en hommage inconscient à ce passé, trois ou quatre de mes amies libertines, en tout cas réputées telles, aiment à porter chaînes à la hanche et à la cheville...

Autrement dit, le libertin était aussi, était surtout une épine dans le pied, un poil à gratter, un dissident, un résistant, une dissonnance, un rebelle pratique mâtiné d'athéisme aristocratique, un animal politique...

Aujourd'hui, après des siècles de tergiversations, de tourbillons, de tourmentes et de turpitudes, chez nous autres occidentaux, coupables et responsables des pires boucheries, donc, cela va de soi, des plus sophistiqués systèmes de censure et des plus subtiles sentinelles de purification - grosses ficelles, tout de même - pour justement ne pas avoir à dénoncer, à combattre lesdites boucheries, le libertin n'est plus qu'une personne aux moeurs légères, dissolues, perverses, bref un vermiceau génitalisé et sexualisé à outrance, bon qu'à partouzer le samedi soir (sur la terre), se situant à des années lumière de notre affranchi, de notre aristocrate...

Vous voudriez qu'on dise toutes sortes de saloperies sur vous, qu'on vous maudisse, qu'on vous détruise, qu'on vous pourchasse, qu'on vous destitue ? Rien de plus élémentaire, arrangez-vous pour vous faire pomper le dard dans le bureau ovale de la Maison Blanche, de préférence par une petite-salope-de-stagiaire, puis laisser faire...

Quoi ? Vous souhaiteriez plutôt couler des jours heureux, doigts de pied en éventail et tête dans le sable ? Rien de plus enfantin, envoyez vos troupes armées jusqu'aux dents battre le fer entre le Tigre et l'Euphrate, puis nettoyez...

Ici, mauvais film à tourner : Monica Lewinsky dans le bureau de Patrick Devedjian. Titre possible : Le Bureau avale...

Dépassons...


* Laurent Morancé

1954 JOURS SANS ELLE...