LE JOUR ET LA NUIT... (Ré)jouissances et résistances de Laurent Morancé... Carnets & Chroniques d'un auteur (presque) anonyme, esthète, épicurien et libertin, amoureux des arts et de la littérature, en guerre contre le Système...

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Laurent Morancé

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L'horreur est humaine...

Par Laurent Morancé :: lundi 31 mars 2008 à 20:50 :: 03 - Mars 2008




Temps mitigé, qui ose à peine dire son nom... C'est le printemps, oui ou merde ?
Absence de courage et de franchise à tous les étages.
Il ne m'en fallait guère plus pour apprécier un énième changement d'heure...

Ceci :

1. Alain Finkielkraut, samedi matin, sur les ondes de France Culture ; je cite de mémoire :
" Il est interdit d'interdire, et ça donne Internet. "
Je me pince, je n'ai pourtant pas rêvé, j'ai bien entendu, et le " philosophe " (?) d'en remettre une couche :
" Il n'y a rien de moins érotique qu'Internet. "
Ce qui revient à dire, par exemple, qu'il n'y a rien de moins politique qu'un livre (!)...
Mais quand est-ce, bon sang, que les institutionnels de la pensée cesseront d'analyser les canaux, les supports, les vecteurs, pour enfin s'intéresser au(x) contenu(s), à la chair de la chair, à la substantifique moelle du message ?

2. L'
odieuse banderole déroulée dans les tribunes du Stade de France, avant-hier soir, par quelques supporters fêlés du Paris Saint Germain :
" Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch'tis "
Expression à inventer : " Boire la coupe jusqu'à la ligue " ; même pas sûr que les supporters en question comprennent ma  brillante allusion...
Entre nous, vous voyez quelque public lillois ou lensois afficher en grand le slogan suivant :
" Analphabètes, nazis, têtes de veau : bienvenue chez les Parigots " ?

3. Une femme, dans le bus, un exemplaire de Voici et un autre de Valeurs actuelles sous le bras, avisant dans le fond du véhicule trois jeunes à casquette  (sic) avant de lancer à sa voisine un impérissable :
" On file vraiment un mauvais coton. "
Effectivement...

Jeu : cherchez le point commun entre ces trois informations...


* Laurent Morancé

2228 JOURS SANS ELLE...


Croisé(s)...

Par Laurent Morancé :: jeudi 20 mars 2008 à 18:00 :: 03 - Mars 2008

Un temps de Toussaint...

Il y a cinq ans, jour pour jour, les Etats-Unis d'Amérique entraient en guerre contre l'Irak de Saddam Hussein...

Ceci, extrait de l'édition électronique du journal Le Monde :

" Cinq ans exactement après le déclenchement de la guerre en Irak, le numéro un d'Al-Qaida, Oussama Ben Laden, s'en prend, mercredi 19 mars, à l'Union européenne et au pape à propos des caricatures du prophète Mahomet parues dans la presse européenne.

Dans un message audio qui lui est attribué, d'un peu plus de cinq minutes, sous-titré en anglais et diffusé sur le site Internet As-Sahab, proche d'Al-Qaida, Ben Laden menace l'UE de châtiments graves après la reparution dans certains journaux de ces caricatures considérées par nombre de musulmans comme un affront à l'islam. Selon lui, ces caricatures, initialement publiées en septembre 2005 par le journal danois Jyllands-Posten, participent d'une "croisade" avec laquelle le pape Benot XVI est en partie lié.

" Vos publications de ces caricatures, qui participent d'une nouvelle croisade dans laquelle le pape du Vatican joue un rôle significatif, est une confirmation de votre part que la guerre continue", dit Ben Laden dans son message qu'il dit destiner aux "sages de l'Union européenne ". Cela revient à " tester les musulmans ", estime-t-il, promettant que " la riposte sera ce que vous verrez, pas ce que vous entendrez". "

Ben Laden affirme que la publication des caricatures du prophète est une offense plus grave encore que " le bombardement de villages modestes qui s'effondrent sur nos femmes, nos enfants ". "

Soit le camarade Ben Laden est une marionnette digne d'un incroyable numéro de ventriloquie, un personnage fictif, une pure invention des Etats-Unis, pour permettre à Bush et ses joyeux drilles (les multinationales du pétrole) de tenir les circuits de production et de distribution de l'or noir ; en d'autres termes Ben Laden un double agent double...
Après tout, n'est-ce pas la CIA qui authentifie (!?) ses messages ?

Soit ce type existe en tant que tel et comme tel, il est vraiment ce qu'il est, auquel cas force est de constater qu'il n'a pas toute sa tête, qu'il n'a pas pleine possession de toutes ses facultés...

Quand on pense que le portrait officiel du président de la République française, l'antique Jacques Chirac - celui qui s'est opposé à la guerre en Irak (dans Chirac on entend Irak) -, qui trônait dans toutes nos mairies, fut l'oeuvre de la grande Bettina Rheims, auteur, entre autres, de ces deux fameux clichés, esthétiquement moyens (ne venez pas dire que je ne me mouille guère), qui ont fait couler beaucoup d'encre, mais, à ma connaissance, pas une seule goutte de sang...

Quand on pense enfin que je publie ça la veille du Vendredi Saint...


Le lait miraculeux de la Vierge (mars 1997)


Série INRI (mars 1997)

Je me tiens évidemment à la disposition des croyants les plus fondamentalistes et les plus forcenés pour leur communiquer mes coordonnées...
Non mais...

Sur ce, joyeuses Pâques et à mardi...


* Laurent Morancé

2217 JOURS SANS ELLE...


Serrure(s)...

Par Laurent Morancé :: mercredi 19 mars 2008 à 20:50 :: 03 - Mars 2008


Aqua
Photographie de Magaly Bertholin


Ciel bleu-blanc-gris (les nouvelles couleurs du pays).
Quelques giboulées dans l'après-midi.

Votre serviteur :

- Je suis un allumeur de réverbères, une allusion, un amant, un ami, un amour, un amuïssement, une anamorphose, ton ange, un ange, un ange exterminateur, une assomption, un astéroïde, un autre, un avion supersonique, une bite, de la boue, un branleur, un brave, un bretteur, une brindille, un brisé, un briseur de glace (et de miroir), un broyé, un broyeur, une canopée, un cas, un cassé, un casseur, une cassure, un cerbère, une cervelle, une césure, une chance, une chenille, une chrysalide, un coeur (et un cul), un coussin magique, un cri, une danseuse barbue, un démaquillant, un démiurge, un dissident, une discontinuité, une dissonnance, un écolier, un ennemi, une éolienne, une étoile, un entracte, une épiphanie violente, une équation, une erreur, un étranger, un événement incompréhensible, un exemple, un exilé, un faiseur de rêves, un farfadet, un fil, un filament, un flocon de neige, un fou, un furieux, un fou furieux, un gâteau, un glaçon, une gouttelette, un grain de sable, un grain de sel, un grand garçon, une (mauvaise) herbe, une histoire simple, un hiver, une houppelande de soie, une honte, un humain, un humanoïde associé, un iceberg, un idéal, l'idéation même, une idée (je ne suis pas une idéologie), une illusion, une incarnation, un je, un jeu, une jouissance, un jouisseur, le jour, un (anti) KKK, une lampe à huile, une locomotive, un lourd, une lumière, une mamelle, un mammouth, un masque, de la merde, une mouche, une mouche à merde, un miroir, un miroir (aux alouettes), un nuage, la nuit, un océan, un oreiller invisible, une ouverture, une overdose, une palinodie, une panoplie, un pansement, un papa, un papillon, un paradoxe, un parasite, un paria, un pervers, une plume, un poème, un poil, un poison, une porte close, une poussière, un principe, un problème, le prosôpon d'union, une pureté, une qualité, une quantité, un quasar, une quotité, une rampe de lancement, un rayon de soleil, une recette, un refuge, un réfugié, un refus, une relique, un résistant, une résistance, une résurrection, un rire, une rivière, un (mauvais) roman, un (nouveau) roman, un roman (fleuve), un roquet, une rose rouge, un ruisseau, du sang, un sanguin, un souffleur de verre, un suicidé (de la littérature), du sperme, de la sueur, toi, un toit, le travesti de la matière, un truc, une tuile, une tulipe fanée, un ustensile de cuisine, de la vase, une vision, un voyage, une valise, une vérité, la vie, une vie, une vision, un wagon rouillé, un XYZ...

Son interlocuteur(trice) :

- Tu sais où j'ai mis les clés ?


* Laurent Morancé

2216 JOURS SANS ELLE...


Sous les pavés...

Par Laurent Morancé :: lundi 17 mars 2008 à 20:50 :: 03 - Mars 2008


Photo volée...

Je n'attends rien, je n'espère rien, je ne souhaite rien, juste être là, oui, là, sur quelque rocher dépoli, et accueillir la mer apaisée, et cueillir le soleil amarré, et recueillir les embruns salés, puis me mettre (à) nu dans un bain de salut pour prendre à bras le corps les vagues et divaguer à l'infini pour ainsi voguer vers l'infini...

Naguère enfermés dans une poche englobante et rassurante - nous deviendrions tous des nourrissons portés par la rivière espérance, c'est là notre sort mosaïque -, le désir émerge de nouveau, il refait surface, et les innocentes graines de raisin que nous fûmes n'attendent désormais plus que de bourgeonner et de fructifier, plus tard nous ne manquerons pas de charger le jarlot, de réjouir la vendange et, les pots de vin aidant, les négociants ne négocieront plus rien, nous retournerons alors à l'état liquide pour finir dans les égouts de l'histoire (quelle farce tranquille ! Nous étions pourtant prévenus que tout tournait toujours au  vinaigre...).

Mais ce temps du désir, dans l'ici et le maintenant, rien ni personne pour l'amenuiser, l'anesthésier, l'annihiler, l'annuler...
Nous sommes vivants, oui ou non ?

Ce désir sacré, parfois  sucré, de la confrontation des âmes et des corps, des âmes bienfaitrices, blanches, dures, grises, manipulatrices, pures, qui se donnent rendez-vous dans un écrin nacré, dans l'attente du messianique débarquement des corps en vie, de tous les corps...

Notre plage...

Vous écrivez le mot " plage " et aussitôt la machine s’emballe, les mots cavalent, des âmes libres un carnaval et des corps autorisés un festival ne tarderont pas d'éclore... 

" Sous les pavés les égouts ", pensent-ils - les salauds !...
Dans notre cas, il faudra s'habituer au contraire...

L’été, les vacances, la paresse et la nonchalance investissent toutes nos fibres et toutes nos tripes, et vous voilà (télé)transportés quatre mois plus tard...

Les Bleus, balle au pied, nous surprennent toujours autant ; le Tour de France va déciment très vite ; Ségolène et Delanoë soudainement les meilleurs ennemis du monde, Carla et Nicolas en villégiature au Fort de Brégançon, en France (un séjour hexagonal bercé par le chant des cigales s'avère des plus bénéfiques pour ne pas trop entamer un indice de popularité) ; Clinton et Obama meilleurs alliés du monde ; les chinois en train de mettre une touche finale à leurs Jeux (singulière époque, n'est-ce pas, qui convoque un boycott de l'annuel salon du Livre à Paris mais en aucun cas celui des Olympiades à Pékin), les berlines toutes climatisées contrairement à nos maisons de retraite ; quelques dames au regret d'avoir délaissé leur programme minceur au début du printemps et quelques messieurs déçus d'avoir déserté leur séance quotidienne de musculation abdominale ; l’Afrique toujours affamée et assoiffée (y-compris de Justice) ; le Darfour et la Tchétchénie bientôt broyés par le méga tube digestif d'un Occident bien-pensant, des banlieues transformées en braises comme pour mieux embraser la misère et l’ennui... 

Les mouettes chieuses et moqueuses, les odeurs de poisson mort, les concours de Miss Bidule, les concerts NRJ Tour ou Nostalgie, les adultères contrariées, les dragues en diagonale, les peaux tirées ointes au monoï, les rires des enfants rois et leurs châteaux de sable qui n'intéressent personne, les bouées canard et les matelas gonflables, les glacières et les parasols, les jeux de raquette et les jeux de ballon, les champion(ne)s de mots fléchés...
Que de lourdeur - et de légèreté !
Que d'insouciance - et d'inconsistance !

Et moi, et moi, et moi...
Moi, égoïstement en train de me dorer la pilule sur la plage de l'Espiguette (Le Grau du Roi) ou bien sur celle des Grottes (l'île du Levant)...
Quoi de commun entre ces deux surfaces sablées faisant face à la Grande Bleue ? Vous ne voyez pas ? Alors voyons...

Eh bien, ce sont des espèces d’espace (bonjour Georges Pérec) où barbotages, batifolages, bavardages et badinages ont droit de cité, des espaces-temps où, comme l’on dit quand on ne sait pas (tout) dire, il se passe des trucs...
Pour faire caricatural et court, des plages calines et coquines, des plages libertines - aux chiottes l'hideux vocabulaire des guides idoines...  
Des endroits où tout le monde est nu, détendu (je vous rassure quelques tendus dans le lot), bronzé (ou en passe de l’être), où tout le monde s’expose sans craindre la moquerie ni la raillerie, où le laid est un moment inversé (et parfois transcendé) du beau (l'effet Baudelaire), où les corps gras (l'huile), les corps estropiés, les corps handicapés, les corps chétifs, les corps pâles, les corps sculptés, les corps empêchés, les corps encombrés, les corps aérés, les corps prussiens, les corps grecs, les corps patate, les corps orchidée, les corps jeunes, les corps vieux, les corps solides, les corps sordides, les corps mous, les corps de rêve, les corps malades, les corps en déclin, les corps au zénith, se (re)trouvent démocratiquement qui font une nique monumentale au programme généralisé de la disparition des corps parce que, ce n’est désormais plus un scoop pour personne, le corps gêne, il est empêché, entravé, obstrué, et le Système de l'évacuer d'urgence vers les cimetières intégrés de la société du Spectacle, celle-ci flanquée de son tentaculaire et totalitaire tout-à-l'égout...  

Des endroits où l'on (se) parle, où l'on (se) partage, où l'on (se)rencontre (" À l’année prochaine et puis pas de souci on a votre adresse... "), grand goûter collectif, contrévangélisation des foules, aimons-nous les uns sur les autres...
Certes, l'absence de textile complique sérieusement les affaires, plus de code et plus de clé, de passeport et de laissez-passer, mais il est des signes qui ne trompent pas, ce sont alors des signaux : des modèles masculins et musclés à la coupe barthezienne, diamant à l’oreille et chevalière apparente, des amazones enchaînées à la taille et/ou à la cheville, piercing au nombril et tatouage en évidence (Betty Boop et les papillons font florès)...  

Là, sur mon drap de bain rouge et noir, souvent je me revois engloutir un gras beignet suintant (et sentant) l'huile de friture limite frelatée - l'huile décidément (voyez-vous, dans certaines circonstances et sous certaines contingences, il m'arrive de trouver que des choses effectivement dégueulasses soient délicieuses, c'est mon côté " marxiste ", genre l'infrastructure qui détermine la superstructure, remarquez, sans détour aucun, je confesse abhorrer la philosophie marxiste qui, pour moi, s'apparente plutôt à un recueil de psaumes martiens (et martiaux) ; Marx, ce curé inversé, auteur d'un incroyable axiome, tel un sinistre et sordide podrome si l'on considère les sombres événements qui allaient ébranler le vieux continent, celui de la Renaissance et des Lumières : " L'homme n'est qu'un vertébré gazeux...") -, boire du café glacé dans un gobelet en plastique, griller une cigarette, tracer des signes kabbalistiques dans le sable chaud...
Et souvent je me revois me lever pour aller faire des ronds dans l’eau...

En revanche, je ne lis jamais sur les plages, sauf à me résigner au surplace sur une seule et même page...
Bon, c'est vrai, très peu pour moi les gros trucs indigestes de Marrry Higgins Clark ou Stephen King, stars estivales, et pas du tout pour moi les machins unanimes et mous de Christian Signol ou Amélie Nothomb, autres stars des sables...
Quant à mes chers et vieux compagnons d’équipage, je les devine arrimés au port de l'Angoisse, donc de l’Inspiration et du Travail, faire le plein d'énergies nouvelles... Paul Claudel et son théâtre impossible sur le bâteau de Partage de midi, Pierre loti et ses Pêcheurs d’Islande, William Faulkner et sa fascination pour un Sud surchauffé dans Lumière d’août, Baudelaire et son fameux " Homme libre toujours tu chériras la mer ", le capitaine Hemingway revenu d’une partie de pêche au gros la carabine à portée de main, Homère et son invraisemblable et salutaire Odyssée...  

Nous sommes (aussi) ce que nous lisons.

Dans les dunes et derrière les buissons, le gros des activités (et des troupes) : femmes entre elles et hommes entre eux, couples croisés, ancrages et léchages, galanteries et goujateries, partages et mouillages, plaisirs solitaires et plaisirs à plusieurs, effeuillages et tripotages...

La belle et divine R., rencontrée il y a quelques années sur l'une de ces plages (mi-juillet), comment ne pas évoquer son passage lumineux (elle est aujourd'hui décédée) ?
La mer était tiède, nous avons devisé les pieds dans l'eau, échangé sur nos enfances, nos errances, nos bonheurs et nos douleurs, nos fantasmes et nos refoulements, nos doutes et nos certitudes, nos équilibres et nos précarités, nous avions même évoqué la Deuxième Guerre mondiale, le destin tragique de son peuple englouti, celui des bibliques innocents fourgués dans des wagons à bestiaux avant de se retrouver la tête dans le gaz puis dans les fours - " L'homme n'est qu'un vertébré gazeux "...
L'espèce humaine décidément plus encline au charnier qu'à la partouse ? Evidence d'une clarté solaire. Et scolaire.

Si j'ai bonne mémoire, R. avait un tatouage sur le bras gauche, un serpent venimeux. Et j'ai bonne mémoire.

R. et moi, spécialistes ès passerelles entre corps en liesse, tout en fête et tout en feu, baisers et caresses, couilles et culs,  langues et mains, seins et sexe, nous étions dans l’arène et quelques friands spectateurs s'épongeaient le visage (et le reste) avec des mouchoirs jetables...
Le soir venu, pour R. et son époux, ma compagne (de l'époque) et moi, grillades et rosé bien frais sur la terrasse ouverte puis câlins jusqu’au matin (version officielle)...  
Une semaine plus tard, de la même plage, R. et moi allions planter nos partenaires respectifs  - ils trouveraient bien à s’occuper les coquins - pour aussitôt prendre la voiture et, toutes fenêtres ouvertes, rouler en direction de Saint-Paul-de-Vence et de sa
Fondation Maeght 
puis de Nice et de son Musée Matisse...

Et alors nous devions tout comprendre...

Nous avions compris que certains artistes, génies de la palette et du pinceau, ne sont en fait mus que par un seul dessein, un seul désir : lutter contre les murs...
  


Festival de fleurs
Toile de Henri Matisse (1923)


* Laurent Morancé

2214 jours sans elle...



Affaires (non) étrangères...

Par Laurent Morancé :: mercredi 12 mars 2008 à 14:21 :: 03 - Mars 2008

Monsieur le Président des Etats-Unis d'Amérique,
Madame la Sénatrice Clinton,
Monsieur le Sénateur McCain,

pensez-vous sérieusement que cette enfant d'Irak fasse une dangereuse ennemie ?




Ensemble, soutenons Barack Obama... !





* Laurent Morancé

Rediffusion...

Par Laurent Morancé :: mardi 11 mars 2008 à 10:05 :: 03 - Mars 2008




Il y a trente ans, jour pour jour, mourait Claude François...

Il y a un an, jour pour jour, j'écrivais ceci dans Le Jour et la Nuit :


" Mes parents se souviennent précisément et respectivement de l'endroit où ils se trouvaient et de ce qu'ils étaient en train de fabriquer lorsque la nouvelle leur est tombée dessus, nette, sèche, sans appel : Kennedy est mort (à ce propos, la scène émouvante dans Diabolo menthe, le film de Diane Kurys).

Quant à ceux de ma génération et à moi - j'ai quarante ans -, nous avons encore en mémoire le décor et les circonstances dans lesquels on a appris la disparition de Claude François.

 

C'était un samedi après-midi, agréable, ensoleillé, printanier, prometteur...

Après un repas familial animé (11 mars 1978, veille du premier tour des élections législatives ; Mother et Father croyaient en la victoire de la gauche, celle du Programme commun, en même temps qu'ils la redoutaient), partie de football avec les copains du quartier puis, vers 16 heures, retour à la maison, goûter, télévision... 

Une émission animée par Pierre Douglas, à l'époque un chansonnier populaire imitant à la perfection l'inamovible Georges Marchais, et par Denise Fabre, l'une des speakrines les plus en vue de la première chaîne.

Soudain, interruption du programme pour un flash spécial :

 

" Claude François est mort. Il s'est électrocuté dans sa baignoire. Il avait 39 ans. "

 

Décédé en un éclair, Cloclo. L'éclair, comme le symbole de sa maison de disques.

Et en un éclair les temps heureux et libres enfouis, évanouis...

Attention les enfants, strass et paillettes, naguère dévolus au seul spectacle, ne vont pas tarder d'investir la réalité...

 

" 68-78 : énorme liberté d'ensemble. Avant, c'est avant, et après, après. De quoi écrire cinquante romans. ", note Philippe Sollers dans Carnet de nuit (Plon, 1989)...

 

1978 : année noire (dans tous les sens du terme), l'année prophétique (dans le mauvais sens du terme)...

La droite gagne les législatives ; après tout, pourquoi pas...

Khomeiny précipite les préparatifs afin de quitter la république giscardienne et Neauphles-le-Château (Marguerite Duras a sûrement dû croiser le barbu) pour retrouver Téhéran ; on connaît la suite...

L'Amoco Cadiz débarque sa chiasse visqueuse sur les côtes bretonnes ; rétrospectivement quel sinistre podrome...

La presse enterre Brel avant même qu'il ne décède ; au fait, j'étais où et je faisais quoi lorsque j'ai appris le départ du Grand Jacques... ?

 

Le parfum créé par Claude François s'appelait Eau noire...

 

Le 11 mars 1978 (14 H 30, boulevard Exelmans, Paris) ou pourquoi on n'a pas oublié...

 

Et toi, te souviens-tu de cette plage à l'écart ?

Tu riais aux éclats...

J'imitais le chanteur avec une reprise de Magnolias for ever...

Plus Benoît Poolevorde que moi tu meures... 

Puis on a fait l'amour sous le soleil brûlant et les mouettes rieuses...

Puis on a longtemps regardé la mer, en silence...

Nous étions seuls au monde...

Seulement toi et moi contre le monde entier... "



* Laurent Morancé


2208 JOURS SANS ELLE...



Un Homme...

Par Laurent Morancé :: lundi 10 mars 2008 à 21:59 :: 03 - Mars 2008




Cet homme ne me laisse pas tranquille, il m'habite, il me hante, il me harcèle, il me traque, il me travaille...
Il me tient en veille, m'interdit le sommeil, me poursuit puis me rattrape et me dépasse dans les crevasses de mes nuits les plus sombres comme sur les collines de mes jours les plus clairs...

Je tente alors le tout pour le tout, je le regarde de toutes mes forces, vaille que vaille, coûte que coûte, et tant pis pour le travail, et tant pis pour le repos, je cherche à (le) comprendre, je devine tout mais j'ignore tout...

D'abord ce regard incensé, inouï, unique, le regard de celui qui sait, qui a vu ; regard d'outre-tombe surgi de nulle part, un nulle part pourtant tout proche...

Regard brûlant qui tord les boyaux, triture les tripes, troue la cervelle et torture l'âme...

Regard qui rappelle que l'histoire est cynique et tragique et l'homme corruptible et corrompu...

Regard qui enseigne que la Terre promise c'est que nous sommes tous promis à la Terre...
[À moins que le Système ne convoque un gigantesque cimetière sans sépulture avec, à la clé, des millions de cadavres entassés puis carbonisés puis transformés en colonnes de fumée happées par un ciel carnivore, obèse, jamais repu, sale, vorace...
Même les oiseaux tomberaient tacitement d'accord pour ne point survoler le Champ des Morts et ainsi ne plus supporter les horribles relents de chair brûlée, oui, même les oiseaux...]


Un regard à ne plus conférer de sens au Sens même...

Un regard incompréhensible, celui des yeux qui ont vu ça, qui ont vu ce que jusqu'alors jamais il ne fût possible d'imaginer, d'inventer, de produire, puisqu'il était dit, il était écrit que l'homme, doué de raison, créé à l'image de Dieu, est foncièrement bon...

Ce regard, ces yeux, ces lunettes loupe, comme autant d'ardentes invitations, d'urgentes intimations pour ne point sombrer dans la cécité, l'indifférence, l'oubli, et, pire que tout, la dénégation...

Attardons-nous sur cette figure, encore, toujours...

Ce visage, ses yeux, cette bouche, ces bras, ces jambes, ce corps tout entier, ils ont souffert le martyr, traîné dans la boue, la crasse, la fange, la neige, le sang, ils ont bouffé des poux et bu du pus, ils ont crié comme des fous qu'on sodomiserait à coups de marteau-piqueur et à la chaîne, méthodiquement, rationnellement, scientifiquement, ils ont connu la démence, le délire, le vrai délire, celui qui nous fait devenir un monstre tout prêt d'égorger son propre frère pour une minuscule miette de pain, un ridicule rogaton de néant...

Ce visage, ses yeux, cette bouche, ces bras, ces jambes, ce corps, revenus de l'enfer, certes, mais en fait jamais revenus...

Cet homme, sachons-le, a écrit ceci : " PERSONNE NE SORTIRA D'ICI ", révélant au monde incrédule, interdit, que le témoin intégral c'est précisément celui qui n'en est jamais revenu...

Et toi, là, oui toi, bien au chaud, devant ton clavier, le rire des gosses en fond sonore, engoncé(e)dans ton fauteuil, rempli(e) de toi-même, toi qui vas bientôt passer à table, tu m'accuserais à mots couverts, au nom de seuls motifs particuliers, personnels, politiques, de trop parler de ça ?

Que la honte s'abatte sur toi... !

Un jour, sur une feuille blanche, cet homme a tracé les mots suivants, pour l'éternité :

      " Vous qui vivez en toute quiétude
       Bien au chaud dans vos maisons
       Vous qui trouvez le soir en rentrant
       La table mise et des visages amis
       Considérez si c'est un homme
       Que celui qui peine dans la boue,
       Qui ne connait pas de repos,
       Qui se bat pour un quignon de pain,
       Qui meurt pour un oui pour un non.
       Considérez si c'est une femme
       Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
       Et jusqu'à la force de se souvenir,
       Les yeux vides et le sein froid
       Comme une grenouille en hiver.
       N'oubliez pas que cela fut,
       Non, ne l'oubliez pas :
       Gravez ces mots dans votre coeur.
       Pensez-y chez vous, dans la rue,
       En vous couchant, en vous levant ;
       Répétez-les à vos enfants.
       Ou que votre maison s'écroule  ;
       Que la maladie vous accable,
       Que vos enfants se détournent de vous. "

Primo Levi, exergue de Si c'est un homme (Turin,1945-47)


* Laurent Morancé

2207 JOURS SANS ELLE...

PS : un grand merci à Bona qui, via son blog, m'a donné l'envie de renouer avec l'oeuvre du grand philosophe Emmanuel Lévinas, auteur de cette fulgurance : " Le visage est ce qui interdit de tuer."