LE JOUR ET LA NUIT... (Ré)jouissances et résistances de Laurent Morancé... Carnets & Chroniques d'un auteur (presque) anonyme, esthète, épicurien et libertin, amoureux des arts et de la littérature, en guerre contre le Système...

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Alea jacta est...

Par Laurent Morancé :: vendredi 09 mai 2008 à 17:00 :: 01 - Mai 2008




Orbe solaire toute d'or parée et ciel céruléen - poésie de chiottes quand tu me tiens...

* * *

La Birmanie, ou quand la nature s'en mêle...

De Aung San Suu Kyi, née en 1945, prix nobel de la Paix en 1991, assignée à résidence par la junte militaire, dans Se libérer de la peur (Editions des Femmes, 1991) :
" Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent, et la peur des matraques corrompt ceux qui y sont soumis. "

* * *

François Mitterrand, et le recours et le secours de l'Egypte pour y vivre son dernier Noël...
Noël et Fuite en Egypte, vieille histoire...
" La Momie ", dit du prédecesseur de Jacques Chirac le narrateur de Sudio (Gallimard, 1997) - l'un des meilleurs romans de Sollers
- sans pour autant le nommer...
Sur la Toile et sur les murs, Little Président se fait régulièrement surnommer Sarkophage...
Absence congénitale de pharaon.

Travailler moins pour mieux (s')épargner selon le grand humoriste américain Will Cuppy (1884-1949) :
" La forme même des pyramides d'Egypte montre que déjà les ouvriers avaient tendance à en faire de moins en moins. "

J'en prends le pari : Jean-François Champollion aura autant peiné et sué pour déchiffrer les hiéroglyphes que votre serviteur pour former un c cédille majuscule avec son clavier.
Ca c'est vrai ça !

* * *

Mettons le nez dans le cambouis, et nous aurons les mains propres.

" Chacun ses oignons ! ", répondit X. en pleurant.

L'écriture aromatisée de Beckett dans En attendant Godot (Editions de Minuit, 1952) :
" Tu pues l'ail ! ",  lance un clochard à son compagnon d'infortune (Vladimir), le clochard en question répondant au nom d'Estragon.

" Je ne suis pas pour mais je n'ai rien contre ", réagit M. en mesurant le pour et le contre tout en se tournant les pouces.

* * *

Pourquoi un tel acharnement à prétendre que la distance la plus courte pour rallier un point à un autre soit la ligne droite alors que la terre est ronde ?

Et pourquoi cette infinité de décimales pour aller de 1 à 2 alors que précisément les trotteuses de toutes les montres du monde ne mettent qu'une seconde pour rallier 1 à 2 ?

Deux - Duo - Duel
La trinité enfin révélée.

* * *

Si tous les hommes naissaient libres et demeuraient égaux en droits, gageons que personne ne le saurait.

Deux substantifs qui font fureur lorsque survient le débarquement du rejeton de la maman en cours :
travail et expulsion.
En d'autres termes : bienvenue sur terre !

Lucie Ceccaldi, 83 ans, ne décolère pas contre son petit, Michel Houellebecq, à qui elle fait un sort en l'obligeant tout bonnement d'aller " se faire foutre par qui il veut avec qui il veut. "
Encore une affaire de particules alimentaires.

* * *

Dans l'expression jeter un sort, on entend souvent, à grand renfort d'infiltrations subliminales, l'épithète mauvais.
Ce n'est pas bon.


* Laurent Morancé

2267 JOURS SANS ELLES...


Guerre et Paix...

Par Laurent Morancé :: jeudi 08 mai 2008 à 10:50 :: 19 - (Ex)citations


Sir Winston Churchill (1874-1965)


Extrait d'une Lettre à Neville Chamberlain adressée peu après la signature des Accords de Munich (1938) :

" Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. "


Et, du même cave à cigares, ces paroles prononcées à l'occasion d'une conférence donnée en mars 59 :

" Après la guerre, deux choix s'offraient à moi : finir ma vie comme député ou finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d'avoir si bien guidé mon choix : je ne suis plus député ! "


Les yeux ouverts...

Par Laurent Morancé :: mercredi 07 mai 2008 à 12:00 :: Général


Photographie de Jacques Leinne


Soleil franc et massif. Installé.

* * *

J'ai connu des empires décadents, des îles désertifiées (le contraire absolu d'îles désertes, comme chacun sait), des royaumes factices, mais je ne me serais plu et complu que dans quelque république inimitable, c'est-à-dire infalsifiable...

J'ai croisé des pantins, entendu des potins, roulé des patins, coïté avec la putain raisonnable et cadenassé le proxénète planétaire, je me suis arrangé pour faire de mes humeurs des rumeurs et des heures qui pressent des leures qui oppressent, j'ai puisé des vers en apné, en paradis, en prison, et j'ai épuisé la réserve, asséché le gisement, alors j'ai composé des partitions magiques, congloméré des particules féériques, je me suis fait métayer - exploiter la surface - et je me suis fait métèque - exploité en profondeur -, j'ai nettoyé mes outils à la sueur de l'or, eux-mêmes noyés dans le sang de l'argent...

Parfois je me regrette et souvent je me (re)mords...

Du coup j'ai flingué l'horreur économique, flagorné l'erreur politique, flétri l'heure hystérique, j'ai malaxé l'économique et le politique pour m'asseoir sur leurs leurres historiques, et chier sur des morceaux de bravoure communicationnelle et de bienveillance mémorielle, et vomir leurs corruptions et leurs concussions, tout en (d)écrivant les manoeuvres dilatoires des fantassins fatigués, le mors aux dents recouvert de poussière et l'uniforme naguère impeccable en voie de décomposition avancée, foulant de leurs pieds ampoulés et purulents les champs de bataille (et de mine) où l'ennui suce les ennemis d'un jour (et du jour) sodomisés par la mort...

Parfois je ne regrette rien et souvent je ris de mes remords...

Je sors...
J'en sors...
Je m'en sors...
Dehors... !
Briser les vitres, ouvrir les vannes, et remplir les verres, voilà le programme.

Viser le trou de lumière, l'arroser de ma vie brûlante, et jouir sans entracte, et dompter mon triomphal (son plus bel appel), triomphe, triomphe ( " Aucun mot de la langue française qui ne rime avec triomphe ", révèleront plus tard les concierges énervés et les espions venus du froid), puis lécher le champ de bataille et me nourrir de bien plus de victuailles que la dose prescrite - ô l'odieuse posologie des marchands du temple, des trafiquants d'âmes, des représentants en vies hautes en toc et des suffisants surfeurs sur l'étang moderne !

La fin des (d)ébats, déjà les micros moisissent et les maquereaux pourrissent, les caméras n'étaient que des rats camés...

Les amants sont allongés, coucher est leur fonds de commerce mais se coucher n'est pas le genre de la boutique, désormais ils ne vibrent plus qu'à l'unisson de leur grande musique de nuit, imperceptible, incompréhensible, inaudible,  de nouveau dans leur temple sacré, leur thébaïde sucrée , leurs tempes nacrées se faufilent entre les plis du temps qui passe et les plaies des gens qui trépassent, c'est la victoire du silence, de la nouvelle espérance, de la résurrection des sens, de l'enfouissement de la sénescence......
C'est le temps du soleil plus que parfait, du sommeil conditionnel, c'est le temps de la concordance des temps, du programme respecté, jamais plus nous ne serons en représentation mais toujours nous nous représenterons - solliciter les suffrages des dieux, l'âge du feu, le partage du lieu...

Les yeux ouverts.

* * *

- C'est tout ?
- Picasso : " Il faudrait pouvoir montrer les tableaux qui sont sous le tableau. "


* Laurent Morancé


2265 JOURS SANS ELLE...


Figures de style...

Par Laurent Morancé :: mardi 06 mai 2008 à 19:50 :: 01 - Mai 2008


Un nouveau style en pire...


À Grenoble, la maison natale de Henri Beyle, dit Stendhal (1783-1842), se trouve rue Jean-Jacques Rousseau.
Après enquête, ce n'est pas de la faute à Rousseau.

* * *

Aimer, c'est lutter contre la fatigue d'être soi, mais c'est aussi une genèse avant d'être un exode, un offertoire sacrificiel  avant une anamnèse commémorielle...


Baiser, rien d'autre qu'une victoire de l'éternité sur le temps qui passe, et, de manière concomitante et convulsive, une inscription de ladite éternité dans le temps qui passe, son incrustation dans la mort à chaque fois déjouée, et à chaque fois remise en jeu...

* * *

Plagiat.
On me rapporte que dans la blogosphère un type se prend pour moi qui écrirait comme moi et qui vivrait comme moi...
Outre le fait que l'écrivaillon en question soit peut-être moi, il me plait de recevoir ce copié-collé tel une croix d'honneur (les derniers mots de Madame Bovary).

* * *

Nicolas Sarkozy dans Philosophie Magazine (n° 8) :
" Au fond, le plus important, c'est le style, j'en suis persuadé. "

Pour Flaubert (bis), il y a, au fond de la bêtise, la " haine inconsciente du style ".

Fin d'après-midi, en rentrant chez moi, j'avise la vitre d'un édicule sur laquelle figure une affiche publicitaire pour le nouveau Fanta Still Tropical sans bulles, aux arômes naturels et sans conservateurs, avec l'accroche suivante : " Tout est dans le still ! ".
Bien vu. Arômes naturels et sans conservateurs, donc...

* * *

Relation dans son intégralité d'une conversation qui n'a pas (encore) eu lieu :

- C'est son élection que tu as en travers de la gorge ?
- Non. La démocratie, que veux-tu...
- Sa nuit au Fouquet's ?
- Non plus. Même si, calife à la place du calife, j'eusse opter pour l'hôtel Au Vieux Morvan. Affaire de style. Et de goût.
- Mitterrand, décidément.
- Mythe errant plutôt.
- Quoi ?
- Rien.
- C'est la fête donnée le soir même place de la Concorde qui n'est pas passée ?
- Justement, elle est passée. Et sur toutes les chaînes.
- Alors c'est quoi ? Sa croisière sur un yacht ?
- En ce qui me concerne, je suis plutôt du genre parties de pétanque avec les copains à Bormes les Mimosas et grillades de viande marinée sur la terrasse du fort de Brégançon, comme ça, à l'air libre, au-dessus de la Grande Bleue, en face du vaste horizon... Mais en vérité je me fous de sa croisière de luxe. Encore que, symboliquement...
- Stop. Je t'arrête tout de suite. On ne va pas entrer dans des querelles théologiques.
- En l'espèce, il s'agirait plutôt d'une remarque téléologique.
- Je ne comprends rien à ce que tu racontes.
- Pas grave.
- C'est son divorce qui t'a gêné ?
- Pas mon affaire.
- Dysney, Carla, les pyramides et compagnie ?
- Chacun sa vie.
- Mais alors quoi bon sang ? Sa montre en or et ses Ray Ban ?
- Rien à battre.
- Son gouvernement d'ouverture ?
- Quand on ouvre, on signe un contrat de gouvernement, une charte programmatique si tu préfères, avec les partis de la coalition souhaitée. Rien à voir, donc, avec le débauchage d'individualités, aussi compétentes et talentueuses soient-elles. Mais bon, peu importe.
- Tu ne lui reproches donc rien ?
- Si, une seule chose.
- Ah, j'y suis, son style.
- Peu me chaut.
- Bon, tu craches le morceau oui ou merde ?
- Eh bien, la seule chose que je maudisse et que je méprise chez cet homme...
- C'est ?
- C'est sa politique.


* Laurent Morancé

2264 JOURS SANS ELLE...


Colombin...

Par Laurent Morancé :: lundi 05 mai 2008 à 20:50 :: 19 - (Ex)citations




" Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu'il est temps de n'en plus avoir, du tout. "

Gustave Flaubert in Lettre à George Sand (5 juillet 1869)


Nouveau souffle...

Par Laurent Morancé :: samedi 03 mai 2008 à 14:30 :: 01 - Mai 2008


Dessin de Philippe Geluck


Leurs
seins au soleil avant les saints de glace...


À propos de la récente visite d'Etat de Little Président en Tunisie, on pourra prendre la peine de parcourir les pages suivantes... Eloquentes.

Le célèbre portrait de Rimbaud le Voyant par Etienne Carjat (1872).
Il est déjà de l'autre côté tout en demeurant de ce côté-ci.

Ce mot dû au duo Deleuze-Guattari (Les Nouvelles, 3-9 mai 1984) pioché dans Le siècle des intellectuels de Michel Winock (Seuil, 1997) :

" Mai 68 est plutôt de l'ordre d'un événement pur, libre de toute causalité normale ou normative. [...] Ce qui compte, c'est que ce fut un phénomène de voyance, comme si une société voyait tout d'un coup ce qu'elle contenait d'intolérable et voyait aussi la possibilité d'autre chose. "

Quarante-deux ans aujourd'hui.
J'aurais donc débarqué sur terre le même jour que Nicola Machiavel - et trois jours avant Sigmund Freud...

Du camarade Georges Moustaki, autre natif du 3 mai :

" Nous avons toute la vie pour nous amuser et toute la mort pour nous reposer. "

Après le Coma de Guyotat et les Nouvelles orientales de Yourcenar, et toujours dans le théâtre de Sophocle, un livre à lire d'urgence : Le Grand Dérèglement, le roman libertin du XVIIIe siècle de Patrick Wald Lasowski (Gallimard/L'Infini, 2008) ;
à son sujet, la brillante recension de Cécile Guilbert, par ailleurs auteur d'un remarquable et remarqué Wharhol Spirit chez Grasset, dans la dernière livraison du Magazine Littéraire (N° 475, mai 2008). Extrait :

" [...] le libertinage possède son mythe d'origine (la Régence), son credo (le progrès de la raison par le plaisir), son programme (libérer les passions - encore un slogan de 68...), son genre littéraire de prédilection (le roman, à visée sexuelle pédagogique et féministe), sa langue (" foutro-critico-énergico-lubrique "), son efficace (la clandestinité), sa pulsion fondamentale (tout voir et tout dire), son principe de réalité (le vit, c'est la vie), et même sa négativité (le crime en série). "

Ajoutons à cela, si je puis me permettre, ma propre intervention sur la question, lisible ici, et, ma foi, tous ensemble, nous aurons eu droit à une bien agréable mise en bouche, si j'ose dire...

On passe au dessert ?


* Laurent Morancé

2261 JOURS SANS ELLE...


Trois petits tours...

Par Laurent Morancé :: vendredi 02 mai 2008 à 14:50 :: 01 - Mai 2008




Soleil frais.

Hier après-midi, brocante.
Avisant un vieux carton poussiéreux de livres écornés, je me dis que les ex-collégiens du coin (et leurs parents) se débarassent à bien peu de frais des pièces précieuses de Molière.
Drôle de théâtre.

Tu t'approches de la lampe miraculeuse, tu lui prodigues quelque frottement aladdinesque, mais hélas ! rien ne s'en échappe - et si c'était toi, le génie ?

Tu es belle et intelligente, rebelle et bienveillante, et tu m'aimes sans (contre)façon.
C'est dire si tu es une femme de goût.

C'est étrange : avez-vous remarqué que celles et ceux qui nous gouvernent, toujours en forme, bien coiffés, bien mis, organisés, ponctuels, proprets, surbookés et survitaminés, souvent mettent la tête dans le sable mais rarement sont surpris la tête dans le cul ?

Une femme, cet hiver : " Les pays arabes, quel problème ! Et toutes ces femmes voilées, les pauvres, comme privées de prendre l'air, de voir le jour... ", dit-elle en ôtant son bonnet, ses gants, son écharpe, son manteau et ses... lunettes !

Un type, à la fin du siècle dernier : " Des années comme ça non merci ! ", maugrée-t-il au pied de l'arbre de Noël sérieusement enguirlandé avant de reprendre un toast au foie gras de canard et de déballer avec empressement ses quatre cadeaux du soir.

Un bébé dans les bras de la parturiente, et c'est déjà un homme à la mer...

La désagréable sensation maintes fois éprouvée lorsqu'une personne pleine de componction me tend la main en détournant le regard, comme si, en simultané, elle m'adresse un au revoir...

Sexe et littérature.
Dans les deux cas de figure, l'essentiel est sous la couverture.

De Marguerite Yourcenar dans Nouvelles orientales (Gallimard, 1963) :

" Les cloches sonnaient le glas dans le ciel presque insupportablement bleu. Elles semblaient plus fortes et plus stridentes qu'ailleurs, comme si, dans ce pays situé à l'orée des régions infidèles, elles eussent voulu affirmer très haut que leurs sonneurs étaient chrétiens, et chrétien le mort qu'on s'apprêtait à mettre en terre. Mais en bas, dans la ville blanche aux courettes étroites, aux hommes accroupis du côté de l'ombre, on ne les entendait que mélangés au cris, aux appels, aux bêlements d'agneaux, aux hennissements de chevaux et aux braiments d'âne, parfois aux hululements ou aux prières des femmes pour l'âme récemment partie, ou au rire d'un idiot que ce deuil public n'intéressait pas. "

Ecrire comme ça.

Et ainsi de suite...


* Laurent Morancé

2260 JOURS SANS ELLE...


La Fée Clochette ?

Par Laurent Morancé :: jeudi 01 mai 2008 à 07:30 :: 01 - Mai 2008




Je l'espère pour
vous
... !


Protections rapprochées...

Par Laurent Morancé :: mardi 29 avril 2008 à 17:30 :: 19 - (Ex)citations


Basilique Sainte-Marie-Madeleine (1120-1190)
Vézelay (Yonne)


" Le ciel et le cul, les deux leviers. "

Emile Zola






Mer d'houille...

Par Laurent Morancé :: lundi 28 avril 2008 à 20:50 :: 02 - Avril 2008




Les samedis après-midi, au printemps et en été, dans les églises de France et de Navarre, entre marche nuptiale et grains de riz, Quand on n'a que l'amour (Brel) et Le Petit Prince  (Saint-Exupéry) font dorénavant office de paroles d'évangile.
On divorce quand ?

Le dazibao nouveau est arrivé. À la une :
" Mais non, mais non, monsieur Hu Jianto, le Dalaï-Lama n'est pas un skinhead en pyjama. "

En son jardin extraordinaire, la plume judicieuse (et juste) de
Chantal Serrière
vient de rappeler à nos mémoires engourdies ce grand moment du sport :

" L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration.
Un sadique, ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de la Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle. "
Nicolas Sarkozy dans ses basses oeuvres, à Lyon, le 23 février 2006...

À ce niveau de la compétition, entre " imbécile " et " sadique " mon encéphale et mon épiderme ne balancent pas...
N'empêche, les choses se compliquant sérieusement, se hâter de prévenir son monde contre l'autodafé programmé - et proclamé !
Et c'est précisément ce qu'a entrepris le fougueux capitaine
François Bon
relayé par son attentif et pertinent second, Marc Pautrel. Elisez-les et lisez-les !
L'un à la barre et l'autre à la vigie d'un bateau (l)ivre qui n'a pas fini de s'en prendre plein les voiles...
Mais, n'en doutons pas, viendra le jour quand le fol équipage inquiet que nous formons ressentira les prémisses de l'île aux épices...

Cinq années de traversée chaotique, donc, avec, dieu merci, dans la soute quelques passagers (et travailleurs) clandestins qui en racontent de bien drôles pour nous doper contre les mauvais grains, et dans le sillon de la carène malmenée plusieurs dauphins d'argent qui nous consolent d'être des humains...
Les soirs de grand calme (avant la tempête), je me retrouve sur le pont où j'aime m'allonger à ses côtés. Puis je me réfugie entre ses deux seins tels des bouées de sauvetage. Je me prends alors pour une chaloupe en folie entre deux continents sauvages, le gouvernail fera le reste...
Après quoi retour en cabine au prétexte d' une fatigue soudaine, violente, irrépressible...
Au vrai, j'administre à mes oreilles quelques infiltrations
malibraniennes
à la sauce Bartoli avant de tremper mes lèvres dans un verre de vin divin pour mieux me (re)plonger dans le théâtre d'Aristophane...

" En face du vrai bonheur, les richesses valent l'ombre d'une fumée. " Dixit l'auteur d'Antigone (vers 441 av. J.-C.)...

Le vaillant
capitaine
tient à la clarté solaire de notre feuille de route et à la précision scolaire de notre carnet de bord : garder le cap vaille que vaille, ne pas (dé)faillir, viser le port autonome et tranquille, débarquer, amarrer notre navire de guerre - puisque c'en est une -, aux solides bollards protecteurs, et danser jusqu'à l'aube nouvelle - le temps retrouvé des cerises elles aussi retrouvées, des viandes grasses au lieu des vaches maigres, y'aura les filles, ce s'ra la fête et ce s'ra le feu, et allez ! tous à la Bastille...

Rêve :
je réponds favorablement à une invitation émanant du palais de l'Elysée.
Je m'y rends avec ma gazelle déguisée en amazone - on ne sait jamais (call girls et chefs d'état, vieille histoire)...
Le président nous reçoit qui nous tutoie d'emblée... 
Et merde, me dis-je...
Tout occupé à ses courbes (de popularité), il nous prête tout de même une oreille encombrée... Je saute sur l'occasion pour avancer mes pions :
" S'agissant des frenchies (les mauvaises langues, forcément mauvaises, prétendent que le locataire des lieux maîtrise mieux l'anglais que le français), j'ai pensé à Bergounioux, Bon, Echenoz, Fleischer, Fontenaille (Elise), François (Jocelyne), Guyotat, Juliet, Kristeva (Julia), Le Clézio, Maulpoix, Michon, Modiano, Réda, Serena, Sollers, Toussaint, Zagdanski [...] "
Je suis sèchement interrompu par le président qui, s'occupant de tout, y va de son correctif, légitime et logique comme tous ses correctifs :
" Raymond Domenech est un excellent meneur d'hommes. Les résultats sont là, et vous savez combien je suis attaché à la culture du résultat. Par conséquent je confirme Domenech dans ses fonctions. "
Sur ce, il se lève, nous salue et passe un coup de fil de son portable pendant qu'un huissier nous escorte jusqu'à la sortie...

Ce tacle génial de
Pierre Michon
, promu libéro d'un jour :

" La littérature est l'un des derniers lieux où l'on peut se permettre de n'être contemporain que de l'homme. "

Bientôt mai 2008...
Proposition d'un nouveau décalogue pour nouvelles barricades :

- Défense de s'afficher

- La France aux Françaises

- Ensemble tout redevient possible

- Faites l'amour pendant la guerre

- Karl a bruni. Vive Marx !

- Le monde appartient à ceux qui ont le veto

- Même sous la pluie on a soif

- Ne pas confondre isoloir et cabine d'essayage

- Sous les pavés les égouts (du paradis)

- Dans quatre ans la quille mais durant quatre ans les boules

À faire tourner...
Et à suivre...

Je me demande parfois dans quelle mesure le cynisme politique n'est pas le frère jumeau de l'incompétence érotique, et je ne me gêne guère pour le leur signifier...
J'entends d'ici les réactions à droite : " Arrêtez-le ! ", et à gauche : " Dehors les traîtres ! "...

Tenir, donc.
Et descendre au fond.
Et hop ! Au charbon !


* Laurent Morancé

2256 JOURS SANS ELLE...




Par ici la sortie...

Par Laurent Morancé :: dimanche 27 avril 2008 à 20:50 :: 19 - (Ex)citations


Série Les Impudiques
Photographie de Lazlo


" Le sexe et la mort - la porte de devant et la porte de derrière du monde. "

William Faulkner in Monnaie de singe (1926)


Kaleidoscope...

Par Laurent Morancé :: vendredi 25 avril 2008 à 16:50 :: 02 - Avril 2008


La palette de Bona Mangangu...


Soleil blanc.

Pas encore sorti du Coma de
Pierre Guyotat
(Mercure de France, 2006).

Rarement, ces dernières années, on aura (cha)touiller l'écriture à ce point, à l'extrême limite du point de non-retour.
Un art tout entier porté à bout de bras.
Et supporté à bout de souffle.
Il ne m'étonnerait guère que les agents d'entretien de la " littérature " (?) parigo-poubello-branchouille, c'est-à-dire les taxidermistes du génie littéraire, voudraient précipiter Guyotat tout au fond d'un puits sans fond afin d'en finir une bonne fois pour toutes avec ce cas irrécupérable, cette cause perdue, cette pathologie morbide et poisseuse, et qu'on passe enfin au tableau suivant, ledit tableau évidemment doublure douce-amère du tableau précédent (principe de précaution)...
Or l'auteur d'Eden, Eden, Eden, ce fichu vent contraire, s'en contrefiche, tant il est vrai qu'il aura fait du goufre en question un puits artésien, une source d'inspiration, et finalement une rampe de lancement pour s'envoyer en l'air avec les anges... Le " révérend Quignard " (Philippe Sollers), expert ès assassinats-à-l'envers, en sait quelque chose qui s'est vu couronné d'un
Goncourt
empoisonné par les agents d'entretien susmentionnés...

Guyotat compose au marteau piqueur, au soudeur, et tout au bout de ces pointes acérées jaillissent de l'encens en ébullition et de l'or en fusion...
Dans Coma, on est rapidement en situation de coup de foudre pour ce genre de mots et de phrases (ag)gravés au burin :

" Longtemps après encore, nous vivons quelquefois l'un avec l'autre ; il dessine, souvent avec son sang, il se scarifie, par moments, le corps. Et c'est une peau entaillée, ensanglantée qu'il me donne à caresser, dans la sueur de l'étreinte ou des travaux de ménage à deux. "

Ou encore :

" Elle meurt une nuit après ma visite. Comme elle a donné son corps à la Science, que c'est la soeur de notre mère, je peine à sortir de la salle de morgue où j'ai aidé à ranger son corps dans le tiroir, j'ai mis dans ses mains un petit bouquet et un mot pour les " dépeceurs ".
  Son enterrement : je me retire de la comédie, je reste dans notre exception commune. "

Ou encore :

" Revenu au car, dont la porte latérale est face aux ifs qui bordent le torrent, je veux manger : je pense avoir, cette nuit, ouvert une boîte de petits pois et en avoir avalé, sans cuisson, les deux tiers. J'ai même une coupure à la lèvre, faite avec le rebord, qui saigne encore ; je cherche cette conserve ouverte, et ne trouve que des conserves fermées ; comme je maintiens dans ma mémoire que j'ai mangé cette quantité, et qu'il n'est que dix heures après, je crois avoir mangé suffisamment et je n'ouvre aucune de ces boîtes. C'est du tiers d'une boîte de petits pois trouvée dans les latrines du camp de la mort de Koenigsberg qu'une soeur de notre père, évacuée par les SS, de Ravensbrück, tient une part de sa survie, avant sa libération par les Soviétiques. "

Ou ces derniers mots, saillies sublimes :

"
S'appliquer à se nourrir, à dormir, à se laver, à se vêtir, à marcher, chaque jour : le tout, presque seul, et sans même soi-même à ses cotés : essayer par à-coups, si gauches, de reprendre du coeur.
   Patience, patience,


Fin "


Plus les pages de Le Jour et la Nuit déploient leurs ailes en même temps qu'elles épousent leurs ombres, plus je me dis que j'eusse été mieux avisé  de tenir un blog d'une toute autre teneur et d'une toute autre tournure, avec, pourquoi pas, quelques photos de mon chat ou bien de mon poisson rouge, une bonne dizaine de poèmes idiots sur l'amour ou la paix dans le monde (exemple : " Viens ma colombe c'est pour toi que je tombe viens ma douce c'est pour toi que je pousse "), de quelques poussifs bouts de film puisés dans la mégamachine brasseuse d'air, briseuse de rêve et broyeuse d'imaginaire, à savoir YouTube, et, pourquoi pas, les jours de grande forme, de deux ou trois recettes de cuisine...

Au fait, Little Président de mes fesses, sais-tu seulement ce que signifie sans papier ?
Ou bien n'es-tu jamais allé au W.-C. ?
Ou alors étaient-ils fermés de l'intérieur ?

Manger un chausson aux pommes dans la rue et considérer bêtement une projection de compote tièdasse sur l'empenne (pardon : empeigne) de ma godasse (droite).

Quand elle se fait engrosser par la vulgarité, la lucidité se métamorphose en stérilité.

Au petit matin, avant de m'extirper de ma couette et de déglutir mon premier café, lorsque je me gratte les couilles, je peux faire montre de lucidité.

Donner la science à son Corps.

Un sécateur traîne à terre.
Elle sait que souvent il y a des enfants dans la cour.
Attention danger.
Elle se baisse pour ramasser l'objet.
Mon ange callipyge.
Ma colombe, ma douce.
Ma boîte de petits pois.


* Laurent Morancé